Monsieur Philippe MAUGIN, Conseiller du Premier Ministre L. JOSPIN,
devant le Conseil d'Administration de la FEDESA – Paris, le 5 avril 2000


Répondant à l'invitation du SIMV, Monsieur Philippe MAUGIN a présenté aux Administrateurs de la FEDESA, le 5 avril, les priorités de la Présidence du Conseil de l'Europe pour le second semestre 2000 :

- doter l'Europe d'une véritable Agence en matière de sécurité alimentaire. L'objectif du Gouvernement est de faire de cette future autorité une référence scientifique en matière d'expertise sur les risques alimentaires.

Cette nouvelle Autorité pourrait, selon M. MAUGUIN, être opérationnelle en 2002, compte tenu des délais prévisibles liés au processus de co-décision.

- Parmi les autres priorités à l'ordre du jour de cette Présidence :

La France souhaite voir préciser au niveau européen la définition et la portée du Principe de Précaution pour en faire une des bases de la politique communautaire de sécurité alimentaire ; ces travaux devraient être menés en bonne concertation avec ceux du Codex Alimentarius (FAO-OMS) sur le même sujet..

enfin, Ph. MAUGUIN a souhaité que le renforcement de la réglementation sur l'alimentation animale prévu par le Livre Blanc sur la sécurité alimentaire permette à ce secteur d'améliorer encore ses performances sanitaires, à l'instar d'autres secteurs très en pointe sur ce sujet, comme celui des médicaments vétérinaires.

M. Ghislain FOLLET, Président de la FEDESA, présente les attentes de l'industrie de la prochaine Présidence française du Conseil de l'Europe.


Ghislain Follet (Président de la Fedesa et Président d'honneur du SIMV), Johan Vanhemelrijck (Secrétaire Général de la Fedesa), Philippe Mauguin,
Docteurs Georges Monsallier, Christian Verschueren (COMISA) et Hervé Marion (Fedesa)
 
 
 
 
Discours du Dr Ghislain Follet, président de FEDESA

L’industrie de la santé animale est composée des entreprises qui produisent les substances pharmaceutiques destinées aux animaux, les médicaments vétérinaires.

Les médicaments produits par cette industrie répondent aux mêmes critères de qualité et d’efficacité que les médicaments humains, mais ils sont bien entendu destinés au traitement des maladies des animaux ainsi qu’au maintien de leur bien-être et de leur confort.

En matière de sécurité, les critères sont encore bien plus sévères que ceux auxquels sont soumis les médicaments humains car la sécurité des produits de santé animale doit pouvoir répondre à quatre objectifs distincts:
 
- La sécurité de l’animal destiné à être traité
- La sécurité de la personne qui manipule le produit
- La sécurité de l’environnement (bien plus développée que dans le secteur humain)
- Et enfin, et non des moindres, la sécurité du consommateur des produits animaux suite à un traitement.

Le lait, les œufs, la viande et le miel doivent pouvoir être consommés en toute sécurité, même si l’animal dont ils proviennent a subi un traitement médicamenteux. Nous sommes dès lors fiers de pouvoir affirmer aujourd’hui que les médicaments vétérinaires enregistrés respectent pleinement les exigences de notre société en prenant les meilleures précautions possibles afin de ne pas soumettre par inadvertance le consommateur de produits d'origine animale à des dangers, ceci même avant que l'autorisation de mise sur le marché n'ait été accordée à la formulation définitive du médicament.

Toutes ces précautions, et les recherches qui en découlent, ont cependant une limite qui est essentiellement économique. C’est pourquoi l'origine de la crise actuelle de la disponibilité des médicaments vétérinaires est à rechercher dans la disparition, au cours du processus d'harmonisation et d'amélioration des critères de sécurité, d'un grand nombre de produits anciens et ayant perdu leur protection par un brevet. Ceux-ci ont en effet soit perdu leurs indications pour les animaux de rente, soit été retirés du marché parce que les recherches nécessaires auraient coûté bien plus que les bénéfices espérés. Cette crise des médicaments vétérinaires est en fait passée inaperçue pendant de nombreuses années, quoique FEDESA ait tiré la sonnette d'alarme depuis 1991. Elle a en effet privé un grand nombre d'espèces animales telles que les moutons, les chèvres, les lapins, les chevaux et tous les animaux à plumes, à l'exception des poulets, des médicaments nécessaires à leurs traitements car ces espèces ont disparu des notices explicatives étant donné la charge économique que représente la répétition des études de sécurité pour chacune des espèces animales.

La crise de la disponibilité des médicaments vétérinaires représente une étape essentielle dans l'histoire des produits de santé animale. En effet, dans les années 50, lors de la mise en place de la politique agricole commune, les maladies animales et le manque de productivité représentaient l'ennemi. L'Europe avait faim et les médicaments vétérinaires étaient dès lors nécessaires et bienvenus.

La croissance extraordinaire de la productivité agricole et la maîtrise des problèmes de santé animale ont progressivement réduit l'importance des médicaments vétérinaires aux yeux de ceux qui ne sont ni vétérinaires, ni éleveurs. L'idée s'est progressivement répandue que les animaux doivent être en bonne santé, et s'ils ne le sont pas, c'est que le fermier n'est pas compétent.

Mais cela évolue déjà, car il devient clair que l'absence de traitement convenable pour certaines indications et pour de nombreuses espèces engendre des problèmes majeurs non seulement pour le vétérinaire, qui doit alors trouver des solutions alternatives, mais aussi pour la santé et le bien-être des animaux et même pour la santé publique.

Aussi, ma vision des 5 prochaines années est la suivante: les médicaments vétérinaires vont à nouveau être les bienvenus, alors que les produits anciens vont progressivement disparaître, laissant ainsi la place aux nouveaux produits innovants d'aujourd'hui qui deviendront à leur tour très rapidement les solutions de routine. Cela ne pourra que favoriser la poursuite de l'innovation. L'enregistrement permettra de reconnaître l'utilité des médicaments vétérinaires, et les systèmes d'autorisation de mise sur le marché ainsi que de surveillance après leur mise sur le marchés devront être suffisamment solides pour que les produits innovants destinés aux animaux de rente bénéficient du soutien de la société.

J'ai dès lors une vision optimiste de l'avenir du marché européen des produits thérapeutiques innovants. Cependant les éleveurs européens pourraient malgré tout perdre leurs parts du marché mondial parce que leur productivité est inférieure à celle de leurs collègues américains ou à celle des éleveurs asiatiques dont les coûts de production sont bien moindres.

Il sera très difficile, sinon impossible, pour les fermiers européens d'être compétitifs en matière de productivité ou de prix. Mais que peuvent-ils alors faire d'autre sur le marché mondial? Cette question n'est pas à l'ordre du jour ici, mais elle est évidemment très importante pour l'industrie européenne.

La médecine vétérinaire a toujours été une science très innovatrice. Nous avons en effet été les premiers a explorer les domaines des soins de confort et des soins médicaux que sont l'insémination artificielle, la contraception à long terme, l'amélioration de la fertilité, la vaccination systématique à l'aide de vaccins marqueurs etc....

La médecine vétérinaire cherche à développer des substances qui ciblent uniquement la zone malade de l'organisme, afin d'éviter la présence de résidus dans d'autres tissus et produits comestibles, des vaccins innovants et de meilleure qualité afin de répondre aux demandes croissantes d'éradication des maladies – particulièrement des vaccins marqueurs avec des tests de diagnostic spécifiques pour des affections qui ne sont désormais plus que combattues par éradication. La vaccination des animaux sauvages par voie orale à l'aide de vaccins contenus dans des appâts a permis par exemple d'éradiquer la rage dans plusieurs pays européens. Nous devrions réfléchir encore plus en ce sens !

À l'avenir, l'innovation dans le domaine vétérinaire viendra surtout de la biotechnologie, qui permettra de mettre au point des solutions "sur mesure" pour des maladies localisées. La pharmacie vétérinaire est encore à la recherche de médicaments à administrer aux animaux.

Bien que la sélection animale soit orientée vers la productivité et la résistance à certaines maladies, ce n'est pas encore à l'ordre du jour dans les programmes de recherche en biotechnologie. Mais cela ne peut être exclu dans notre monde actuel.

Je souhaiterai conclure ces quelques réflexions par la remarque suivante: quelles que soient nos prévisions pour les 5 ou pour les 50 ans à venir, nous ne devrions pas estimer que ce qui est innovant sera nécessairement plus dangereux que les produits existants; bien au contraire je suis persuadé qu'à l'avenir les garanties de sécurité de ces nouveaux produits seront bien meilleures. Ils seront en outre bien plus efficaces pour traiter les animaux malades ce qui permettra d'augmenter encore la sécurité des denrées alimentaires d'origine animale.

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