UTILISATION
DES ANTIBIOTIQUES CHEZ L’ANIMAL :
Problèmes et Actions.
Dr Ghislain FOLLET
Président d'Honneur du SIMV
Quand on
parle médicament pour les animaux, on pense souvent aux antibiotiques. Les
maladies infectieuses ont, aussi bien au plan économique qu’au plan
sanitaire, une importance capitale dans les élevages, et nécessites un recours
a l’antibiotique. Mais un recours encadré et raisonné.
L’antibiotique
destiné à l’animal est un médicament, au même titre que l’antibiotique
destiné à l’homme, et comme lui il est soumis à une Autorisation de Mise
sur le Marché (AMM) délivrée par l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire
et/ou par l’Agence Européenne du Médicament.
Le médicament
Vétérinaire est soumis à une exigence supplémentaire, la fixation d’un
temps d’attente. En effet, l’utilisation d’antibiotique pourrait amener à
une présence anormale de résidus de cet antibiotique dans les denrées
d’origines animale. Le consommateur doit être protégé : le respect des
délais d’attente, c‘est à dire le délais à observer entre la dernière
administration à l’animale de l’antibiotique et le moment où celui-ci ne
présente plus de résidus dans ses tissus ou dans ses productions (lait, œuf)
garantit cette protection.
Par conséquent
en matière de santé publique et d’antibiorésistance le problème n’est
pas les résidus d’antibiotiques dans les aliments d’origine animales mais
les bactéries résistantes qui peuvent passer de l’animal à l’homme et en
particulier les bactéries pathogènes aussi bien pour l’homme que pour
l’animal, les bactéries zoonotiques.
Le Comité
Scientifique Directeur de la Direction Générale de la Commission Européenne
en charge des consommateurs (DG SANCO) dans son rapport établit à la demande
de la Commission Européenne, a examiné quatorze bactéries pathogènes objet
d’inquiétudes en médecine humaine. Pour la grande majorité de ces
micro-organismes, il peut être définitivement établi qu’il n’y a aucun
lien entre l’apparition de résistances chez l’Homme et l’utilisation des
antibiotiques en santé animale.
MICRO-ORGANISMES
PATHOGENES RESISTANTS MAJEURS EN MEDECINE HUMAINE*
| Micro-organismes | Origine animale ? |
|
|
|
|
Methicillin-resistant Staphylococcus aureus |
NON |
|
Mycobacterium tuberculosis |
NON |
|
Streptococcus penumoniae |
NON |
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Streptococcus pyogenes |
NON |
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Neisseria meningitidis |
NON |
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Neisseria gonorrhoea |
NON |
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Campylobacter spp |
Possible (1) |
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Salmonella spp |
Possible (1) |
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E coli (urogen 0157) |
Possible (2) |
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Vancomycin-resistant Enterococci |
Peut-être |
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Pseudomonas aerugenosa |
NON |
|
Klebsiella spp |
NON |
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Acinetobacter spp |
NON |
|
Enterobacter spp |
NON |
|
* Tel que identifié par la DG XXIV – Commission Européenne 1) Peu d’évidence d’échec au traitement à ce jour 2) Le taux d’E coli 0157 :47 résistant reste très faible à ce jour (FEDESA) |
|
Il est
donc clair que les actions devant permettre une utilisation raisonnée des
antibiotiques chez l’animal doivent s’organiser selon deux approches :
- Une approche connaissance et contrôle du risque pour la santé publique
- Une
approche connaissance et contrôle de l’efficacité optimum pour traiter les
maladies infectieuses des animaux
A ce titre
en 1998 les différentes parties concernées par l’antibiorésistance et la
Santé publique, se sont réunies au niveau Européen à Copenhague, et se sont
accordées sur une série de recommandations aussi bien en médecine humaine
qu’en médecine vétérinaire. Ces même parties ont fait le point en 2001 à
Visby en Suède quant à la mise en place de ces recommandations.
Je vais
maintenant et très brièvement vous informer sur les actions importantes qui
ont été mises en œuvre dans le domaine vétérinaire, aussi bien au niveau
National Français, qu’au niveau Européen.
1.
Promouvoir
une bonne pratique de l’utilisation des antibiotiques
- Au
niveau International, entre les organisations représentatives de l’industrie
de la Santé Animale, de la profession Vétérinaire et des éleveurs, mise en
place des principes de l’usage raisonné des antibiotiques.
- En
France, la Section Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires (SNGTV) a
élaboré un guide de bonnes pratiques édité a 10,000 exemplaires et diffusé
aux Vétérinaires Praticiens.
- En parallèle, des actions de communications et de sensibilisation des éleveurs et des vétérinaires sur l’importance du diagnostic et de l’ordonnance ont été mises en place.
2.
Surveillance de la Résistance
Bactérienne chez l’animal
§
Chez
l’animal sain
Afin de cerner le risque de santé publique quatre espèces bactériennes représentatives et indicatrices ont été sélectionnées et font l’objet d’un suivi chez l’animal sain:
- Deux bactéries dites zoonotiques, bactéries pouvant être responsables des maladies communes à l’homme et à l’animal : Campylobacter et Salmonelles
-
Deux bactéries dites indicatrices : E. Coli et Enterococcus faecium présentes
dans la flore intestinale des animaux
Les
bactéries sont isolées à partir de prélèvements du contenu intestinal
d’animaux sains (poulets de chair et porcs charcutiers) effectués en
abattoir.
-
Ces prélèvement sont réalisés en France de façon aléatoire par l‘AFSSA
– Ploufragan dans le cadre d’une Convention DGAL – AFSSA
- Au
niveau communautaire le Centre Européen d’Etudes pour la Santé Animale
(CEESA) pilote une étude Pan-Européenne financée par 8 laboratoires
pharmaceutiques vétérinaires
Ce
programme présente l’intérêt d’être réalisé selon une méthodologie
harmonisée, en terme de prélèvements et de concentrations minimales
inhibitrices, afin de disposer de données comparables. Il est effectué sur les
espèces bovine, porcine et aviaire, isole les E. Coli, Campylobacter et
salmonelles et teste leur sensibilité vis-à-vis des antibiotiques utilisés en
médecine humaine.
Echantillons
et analyses sont centralisés au sein d’un seul laboratoire : INVERESK
RESEARCH (GB)
Les objectifs essentiels de telles actions sont :
- Un suivi de la sensibilité des germes aux traitements antibiotiques dans le cadre des maladies communes à l’homme et à l’animal
-
Une évaluation du risque de contamination de la chaîne alimentaire par les
bactéries résistantes
-
Chez l’animal malade
L’AFSSA
en complément d’un réseau d’épidémiosurveillance de pathologie
bovine qui existe déjà depuis de nombreuses années, a mis en place deux
autres réseaux, l’un pour les volailles, l’autre pour les porcs
Ces
trois réseaux forment le réseau d’épidémiosurveillance RESAPATH
Ces
actions concernent donc des animaux malades sur lesquels sont effectués des prélèvements
réalisés par des vétérinaires. Ils adressent à des laboratoires spécialisés
(publics ou privés) les échantillons et les informations, liés à la
pathologie rencontrée. Le réseau a ainsi pour objectif de centraliser les
antibiogrammes réalisés par les laboratoires vétérinaires départementaux
afin d’améliorer la surveillance.
La
sensibilité des germes isolés sera testée au regard d’antibiotiques représentatifs
utilisés en médecine vétérinaire.
Les
laboratoires de l’AFSSA pourront également
étudier les mécanismes moléculaires de résistance qui pourraient apparaître.
- Au niveau communautaire, CEESA pilote une étude Pan-Européenne financée par 11 laboratoires pharmaceutiques vétérinaires.
Le
programme réalisé selon une méthodologie harmonisée en terme de prélèvement,
concerne les bactéries responsables des maladies infectieuses chez les espèces
bovines, porcines et aviaires.
Ces approches permettent d’assurer le suivi de l’efficacité des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire et d’informer ainsi :
- les vétérinaires cliniciens sur l’effet thérapeutique à attendre
- les Agences du Médicament Vétérinaire et les laboratoires pharmaceutiques sur l’évolution éventuelle de la sensibilité des bactéries pathogènes aux antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire.
3.
Évaluation des quantités
d’antibiotiques utilisés en médecine Vétérinaire
La
fréquence des traitements et le pourcentage d’animaux traités simultanément,
en un mot, la quantité d’antibiotiques utilisée chez l’animal, peuvent être
pris en compte pour mesurer une éventuelle pression de sélections de bactéries
résistantes.
Consciente
de ce problème, l’industrie du médicament vétérinaire a diligenté une
enquête en 1998 (FEDESA) et a répété
cette enquête en 2001.
Pour
l’année 1997, à l’échelle de l’Union Européenne, on estime à 12752
tonnes, la quantité d’antibiotiques sous forme de principes actifs utilisée
en médecines humaine et vétérinaire.
Il
apparaît que 60% étaient prescrits par les médecins, 27.5% par les vétérinaires
à des fins thérapeutiques et 12.5% étaient utilisés en qualité de
promoteurs de croissance (avant l’interdiction de 4 d’entre eux en 1998).
Pour
l’année 1999, toujours à l’échelle de l’Union Européenne, on estime à
13216 tonnes, la quantité d’antibiotiques utilisée en médecines humaine et
vétérinaire. 65% étaient prescrits par les médecins, 29% par les vétérinaires
à titre thérapeutique et 6% en qualité de promoteurs de croissance.
Ces
chiffres doivent être mis en perspective:
En effet,
le poids vif total combiné de la population animale dans l’Union Européenne
est au moins trois fois supérieur au poids vif total combiné de la
population humaine, sur un an. Cela signifie dans une hypothèse conservatrice
que 5 fois moins d’antibiotique par kilo de poids vif sont utilisés chez
l’animal par rapport à l’homme.
De plus la
plupart des antibiotiques utilisés en production animale sont anciens, moins
puissants que ceux utilisés couramment chez l’homme et, par conséquent, les
volumes de principes actifs par traitement sont plus élevés chez l’animal.
Il est clair, que sur une base comparable par Kg de poids vif, le nombre moyen
de traitements antibiotiques administrés à l’animal est très inférieur au
nombre moyen de traitements administrés à la population humaine. Une
estimation conservatrice indique que ce ratio est de 1 pour 7.
4. Évaluation
des bénéfices et des risques des antibiotiques en médecine vétérinaire
· Chaque médicament vétérinaire antibiotique est soumis à une procédure d’Autorisation de Mise sur le Marché ( AMM) . Le Comité des Médicaments Vétérinaire de l’Agence Européenne du Médicament révise régulièrement les données requises concernant les risques potentiels liés à l’antibiorésistance , pour l’animal et pour la santé publique.
Il
s’agit en fait de l’application systématique de l ‘analyse risque-bénéfice
et du Principe de Précaution.
·
Par ailleurs, en accord avec les « Bonnes pratiques d’utilisation »
chaque vétérinaire doit pour chaque prescription effectuer une analyse
risque-bénéfice. Il doit donc être éduqué pour ce faire, tout en sachant
qu’il est soumis à la pression de ses clients.
· La question clé est et reste : « Dans quelle mesure l’utilisation des antibiotiques chez l’animal contribue à la résistance bactérienne aux antibiotiques déjà présente chez l’homme ? ». Pour répondre d’une manière scientifique des études d’évaluation du risque spécifiques à chaque antibiotique doivent etre effectuées. Certaines sont en cours et à ce titre l’Office International des Epizooties (OIE) vient de publier une ligne directrice.
Dr G. FOLLET