Grippe du poulet : la France ne dispose que d'un stock de 130 000 doses du seul médicament antiviral efficace

LE MONDE | 03.02.04 | 17h19

Les autorités sanitaires allemandes ont démenti l'existence d'un premier cas d'infection humaine chez une femme rentrant de Thaïlande.

La direction générale de la santé a indiqué, lundi 2 février, que différents groupes de spécialistes travaillaient depuis quelques jours à la mise au point d'un plan de lutte contre la possible émergence, en France, de cas humains ou animaux d'infection par le virus grippal responsable de l'épizootie qui touche dix pays asiatiques. Les détails de ce plan ne devraient toutefois pas être connus avant plusieurs semaines, la communication dans ce domaine étant du ressort des services du premier ministre.

Il apparaît d'ores et déjà que, dans l'hypothèse d'une pandémie, la France ne dispose pas en quantités suffisantes du seul médicament antiviral disponible ayant fait la preuve de son efficacité préventive et curative contre l'infection par le virus grippal de type H5N1. Ce médicament - l'oseltamivir, commercialisé sous le nom de Tamiflu - est développé conjointement par la multinationale pharmaceutique suisse Roche et par Gilead Sciences, société biopharmaceutique indépendante basée en Californie. Le fabricant précise que, dans le cadre d'essais précliniques, cette molécule a été testée sur une large gamme de souches de l'influenzavirus et que les résultats obtenus laissent supposer que ce médicament pourrait notamment agir contre le virus H5N1.

Le Tamiflu est un médicament homologué pour le traitement de la grippe dans une cinquantaine de pays industrialisés, notamment aux Etats-Unis, au Japon, et dans l'Union européenne. Au total, plus de 10 millions de personnes ont déjà été traitées contre la grippe par cette molécule. Pour sa part, l'OMS préconise d'avoir recours à ce médicament dans le cadre de la protection des personnes qui ont été en contact avec des animaux potentiellement infectés par le virus hautement pathogène de la grippe aviaire. L'OMS a d'autre part annoncé, vendredi 30 janvier, l'envoi, depuis son bureau de Manille, d'un stock de ce médicament antigrippal au Vietnam et en Thaïlande.

A Bâle, au siège de Roche, on précise que tout est "mis en œuvre pour que le Tamiflu puisse contribuer à combattre cette nouvelle flambée épidémique de grippe aviaire."

Le stock français de réserve de ce médicament a été constitué après l'importante épidémie de grippe aviaire survenue début 2003 aux Pays-Bas, en Belgique et en Allemagne, et au cours de laquelle environ 300 contaminations virales humaines (se traduisant le plus souvent par des conjonctivites d'évolution bénigne) furent dénombrées. La décision de limiter ce stock à 130 000 doses tenait au fait que les autorités sanitaires n'envisageaient l'utilisation du Tamiflu que chez les personnes pouvant, pour des raisons professionnelles, être au contact de volailles infectées. L'hypothèse d'une possible transmission interhumaine d'un virus grippal d'origine aviaire ne semble pas, alors, avoir été retenue par les responsables français.

D'autre part, après avoir annoncé l'existence, en Allemagne, d'un possible cas humain de grippe aviaire chez une femme rentrant de Thaïlande, les responsables de l'Institut Bernhard-Nocht de Hambourg ont annoncé que la malade était victime d'une infection par un virus de la grippe humaine.

Jean-Yves Nau

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