L’assemblée générale du SIMV s'est tenue le 10 juin 2005, sous la présidence de M. Daniel GOUFFE, Président du SIMV.
Intervenants :
Daniel GOUFFE, Président de Merial SAS, Président du Syndicat de l’Industrie du Médicament Vétérinaire et Réactif (SIMV)
Nicolas DUMOULIN, Directeur Boehringer Ingelheim Santé Animale, Administrateur du SIMV
Claude ANDRILLON, Vice-Président du Syndicat National des Vétérinaires d’Exercice Libéral (SNVEL)
Christophe BRARD, Président de la Société Nationale des Groupements Techniques Vétérinaires (SNGTV)
Bernard TERRAND, Président de la Fédération Européenne pour la Santé Animale et la Sécurité Sanitaire (FESASS)
Les débats sont animés par Yves MAMOU, journaliste au Monde.
Daniel GOUFFE
Je suis très touché de voir que vous avez répondu en nombre à notre invitation. Je souhaite revenir pendant quelques instants sur le passé. Il y a près de quatre ans, le SIMV a pris la tête de la sécurisation de la filière du médicament vétérinaire, ce qui a suscité beaucoup de remous à l’époque. Aujourd’hui, une évolution dans la mise en place de la sécurisation de la filière du médicament vétérinaire se produit, notamment à travers la traçabilité. J’ai tout à fait conscience que tout n’est pas encore fait. Nous avons encore de belles années devant nous pour mettre en place la sécurisation de la filière du médicament vétérinaire. Au SIMV, nous voulons anticiper et innover. Nous savons tous que la santé animale est liée à la santé publique ainsi qu’à la sécurité alimentaire. Elle représente des enjeux de société très importants et il faudra bien un jour aller plus loin sur le sujet. Aujourd’hui, nous sommes à un tournant. C’est pourquoi, il est intéressant de regarder comment il est possible de réaliser le développement de la filière du médicament vétérinaire. C’est à travers ce champ de réflexion que j’appelle les uns et les autres à innover.
Le développement de la filière du médicament vétérinaire peut se réaliser à trois niveaux :
A travers les produits.
A travers les hommes, d’où ma satisfaction de voir la présence d’autant de monde à cette réunion. Les éleveurs, pharmaciens et vétérinaires ont un travail extraordinaire à accomplir ensemble.
A travers les politiques. Celles-ci peuvent constituer un obstacle ou un moteur pour le développement de la filière du médicament vétérinaire.
Il s’agit d’un moteur lorsqu’elles permettent l’amélioration de l’attractivité du territoire, la création de pôles de compétitivité et de la plates-forme technologique européenne actuellement mise en place pour la santé animale et le développement des relations entre le secteur public et le secteur privé.
Mais les politiques peuvent constituer également un obstacle. Trop de sécurisation peut en effet beaucoup handicaper des industries comme les nôtres. Aussi j’espère que le niveau du ratio bénéfice/risque continuera à guider les décisions des gens travaillant pour la santé animale.
Cette réunion se déroule en présence d’un journaliste, Monsieur Yves MAMOU, collaborateur au Monde. Avant de lui céder la parole, je voudrais brièvement conclure.
La France a la chance de représenter le premier producteur agricole, le premier marché agroalimentaire et le premier producteur de médicaments vétérinaires en Europe. Notre pays s’enorgueillit aussi d’apparaître comme le premier exportateur de médicaments vétérinaires dans le monde. Par conséquent, la vie est belle. C’est pourquoi, en tant que Président du SIMV et vétérinaire, j’appelle chacun à rompre avec la morosité et le pessimisme ambiant.
Yves MAMOU
Je vous remercie beaucoup de m’avoir donné l’occasion de participer à cette réunion. Jusqu’à présent, je m’occupais surtout des questions de santé humaine et connaissais assez peu les problématiques de santé animale, même si la familiarité entre ces deux domaines apparaît évidente. Dans les deux cas, il s’agit de soigner mieux, de prévenir mieux, de s’intéresser à la sécurité des produits et à la question fondamentale du coût relatif au soin.
A la différence de la santé humaine, la santé animale ne s’accompagne pas de la présence de Caisses de Sécurité sociale, formidables banques destinées à financer à la fois le remboursement des soins et l’innovation. Ce sont aux acteurs de se débrouiller entre eux pour permettre au circuit du médicament de bien fonctionner, ce qui n’est pas évident compte tenu des différentes crises ayant affecté le secteur de la santé animale.
Ces crises ont eu des effets positifs. Par exemple, elles ont abouti à l’accélération de la dynamique de l’innovation et ont surtout servi à mettre l’accent sur les innovations en matière de médicaments et sur le comportement des différents acteurs participant à l’élaboration du soin. Ainsi, les vétérinaires, les laboratoires et les éleveurs ont modifié en profondeur les relations qu’ils pouvaient entretenir entre eux.
Comme Monsieur le Président, je pense que nous sommes à un tournant. La sécurisation de la filière du médicament vétérinaire n’est pas terminée. Il s’agit d’un processus en perpétuelle évolution.
L’éleveur est devenu un acteur de la sécurité alimentaire. Auparavant, ne reposait sur lui que la responsabilité de la santé de son cheptel. De leur côté, les laboratoires doivent maintenant tenir compte des gains de productivité dans les exploitations agricoles. Il n’est pas possible de nos jours de vacciner, à l’aide d’une seringue et en mettant une personne derrière chaque bête, des milliers de porcs dans une exploitation. Il faut trouver d’autres méthodes de fonctionnement. Je ne suis pas le mieux placé pour vous parler de la dynamique de l’innovation en matière de médicament. Je laisse cette tâche à Monsieur Nicolas DUMOULIN, Directeur de la division santé animale du laboratoire Boehringer Ingelheim et membre du bureau du SIMV.
Nicolas DUMOULIN
Mon point de vue sera celui du professionnel de l’industrie du médicament et du réactif vétérinaire. Monsieur le Président invitait l’auditoire à rompre avec la morosité. Je parlerai de la fierté des gens composant l’industrie du médicament à travailler dans un secteur aussi innovant. Comme l’a rappelé Monsieur le Président, nous sommes à la confluence d’enjeux divers et primordiaux : outre la santé animale, le bien être des animaux, la santé publique, l’alimentation, l’économie et la politique industrielle.
Nous évoquions la compétitivité de la France. Je crois que la politique industrielle effectue un retour sur le devant de la scène. La santé humaine constitue un challenge important à relever dans la bataille de la compétitivité internationale à laquelle nous souhaitons participer.
Au quotidien, les entreprises du médicament vétérinaire (de la petite entreprise familiale au groupe pharmaceutique international) doivent faire concilier leurs logiques propres et très variées avec la variété des enjeux auxquels elles sont confrontées. Ce travail n’est pas toujours très facile à mener. Sa réussite permet de pérenniser les activités et les emplois qui y sont rattachés, voire de les développer.
Pour ce faire, nous voulons offrir des solutions pour la filière animale, basées à la fois sur l’écoute des ayants droits, des vétérinaires et des éleveurs et sur notre propre vision du progrès. Nous assurons du mieux possible cette mission quotidienne de développer notre activité tout en fournissant des solutions pour la filière animale. C’est le sens de la politique de sécurisation de la filière du médicament vétérinaire que nous mettons en place depuis plusieurs années à travers, non seulement chaque entreprise du SIMV, mais aussi le SIMV dans son action collective. Nos efforts ont abouti à la création d’un guide des bonnes pratiques de communication et d’un observatoire en bon état de fonctionnement, ainsi qu’à l’élaboration de bonnes pratiques commerciales, chantier non achevé pour l’instant. Ils ont permis aussi de mettre en place une norme mondiale pour la traçabilité des médicaments vétérinaires et de nouer des collaborations, notamment avec la SNGTV sur les bonnes pratiques d’utilisation du médicament vétérinaire.
Au-delà de ces différents enjeux, nous avons également à faire face au quotidien au défi de l’innovation. L’innovation renvoie à la notion d’idées nouvelles, d’inventions. Toutefois, elle ne saurait se résumer à cela. Pour les industriels, l’innovation doit forcément se traduire par des produits et des services, quelque chose s’inscrivant dans un marché.
En 1979, l’innovation dans le domaine des animaux de rente porte le nom d’oxytétracycline longue action. A cette époque, la naissance de ce nouveau produit marque une véritable avancée galénique en permettant la diminution du nombre de manipulations d’animaux et donc un gain de temps, de productivité et de sécurité au niveau de l’élevage.
Les innovations en matière de longue action et d’amélioration dans l’administration des produits s’apparentent à une quête constante dans l’histoire du médicament vétérinaire. Les successeurs de la mono-injection tétracycline s’appellent la tilmicosine ou florfénicol 30% (1994) et tulathromycine (2003).
En 1981 est mise sur le marché la flunixine, nouvel anti-inflammatoire non stéroïdien qui ouvre la voie, pour des raisons d’efficacité à un développement spectaculaire de ce genre de produit.
La flunixine annoncera l’arrivée d’autres AINS modernes comme le kétoprofène.
Ces exemples montrent la recherche constante dans l’innovation vétérinaire de médicaments plus sûrs et mieux tolérés par leurs utilisateurs.
En 1981 débarque en France l’ivermectime, première macrolactone hétérocyclique à laquelle succéderont de très nombreuses autres molécules.
Cette avancée illustre la quête permanente d’un spectre d’actions larges. Des molécules comme l’ivermectime sont capables de traiter un grand nombre de parasites aussi bien internes qu’externes. Elles permettent en un seul traitement de traiter plus et mieux.
En 1982/1983, l’innovation se porte du côté de la prévention des viroses bovines avec l’apparition de vaccins contre les maladies muqueuses, virus et infections respiratoires.
Au début des années 80, la technique Elisa se développe et ouvre la voie à un dépistage à grande échelle de nombreuses maladies chez les animaux de rente.
En 1984 est enregistré l’altrenogest avec lequel il est permis de planifier les chaleurs chez les jeunes truies et par conséquent, d’organiser de façon plus performante et confortable les élevages.
En 1988, le vaccin leucose féline, protéine obtenue par le génie génétique et donc par l’utilisation de nouvelles techniques, est désormais disponible.
En 1989 est commercialisé le premier bolus intra-ruminant anti-parasitaire. Ce dispositif aboutit à moins d’administration, des actions plus larges et plus longues.
Au milieu des années 90, le marché se caractérise par des innovations majeures dans le domaine des anti-parasitaires pour les animaux de compagnie. Apparaît ainsi le lufénuron en 1993, le fipronil en 1994 et l’imidaclopride en 1997. Ces molécules issues d’une des mamelles de l’innovation vétérinaire, la recherche phytosanitaire, sont adaptées au marché vétérinaire dans le sens où elles encouragent le développement d’une galénique appropriée.
1995 représente un bon millésime pour les vaccins avec la mise sur le marché de l’IBR délété, produit destiné à la gestion de maladies contagieuses autrement que par l’éradication, puis du vaccin mycoplasme pour le porc. Il s’agit aussi de l’année de naissance de la mélatonine, substance réservée aux brebis et servant à rendre les élevages plus performants.
En 1996, la vaccination anti-cholérique pour les volailles et une palette de molécules issues de la recherche pharmaceutique humaine et dédiées aux chiens voient le jour. Au cours de la même année, les IECA chargés de traiter les insuffisances cardiaques chez le chien apparaissent, ainsi que la ciclosporine pour la conjonctivite sèche et des substances pour réguler les troubles du comportement.
A la fin des années 90, de grandes avancées se produisent au niveau du diagnostic, avec le dépistage de la BSE et les techniques de Western Blot à grandes échelles. En même temps, un nouveau syndrome fait son apparition et pose de gros problèmes à l’élevage porcin. Il a été baptisé à posteriori le syndrome dysgénésique et respiratoire porcin. Ce virus a été rapidement isolé et dès 2000, le vaccin correspondant a été mis à la disposition de la filière.
En 2001 l’innovation rime avec interféron. Le début des années 2000 est marqué par le développement de la technique PCR. Par ailleurs, les cliniques vétérinaires, en particulier celles pour petits animaux, disposent d’une palette de tests Elisa pour le dépistage de nombreuses maladies infectieuses, la majorité d’entre elles utilisant un appareil d’analyse sanguine adapté au diagnostic vétérinaire.
En 2002, de nouveaux produits surgissent : tiludronate pour les infections osseuses du cheval, vaccins aviaires, coccidiose porcine.
En 2004, la sécurité de l’emploi des utilisateurs de prémélange progresse avec la mise sur le marché d’un nouveau support baptisé perlium. Les innovations ne cherchent pas forcément à rendre le soin meilleur. Elles visent aussi à apporter des avantages aux utilisateurs.
L’année 2005 s’est accompagnée d’une innovation importante dans le domaine de la prévention vaccinale avec l’apparition d’un vaccin contre la teigne bovine et d’un autre, oral, contre les fièvres porcines.
L’ensemble de ces nouveautés illustre bien la constance de l’innovation dans le domaine de la recherche biologique. Très régulièrement des vaccins sont mis sur le marché, ce qui reflète une tendance de fond pour aller vers la prévention.
Ayant oublié de parler des produits dans les innovations, j’ai dû me faire beaucoup d’ennemis parmi les adhérents du SIMV. Le but de mon énumération était d’illustrer clairement la capacité de notre industrie à relever le défi de l’innovation et donc de témoigner de la fierté des industriels à apporter à la filière des solutions pertinentes. Avant de rendre la parole, je souhaiterais conclure en rappelant combien les destins des agences, autorités de tutelle, de l’industrie du médicament vétérinaire, les vétérinaires, ayants droits et éleveurs sont liés. Je lance un appel à tous pour œuvrer intelligemment de concert. Il existe encore des obstacles à l’innovation. Nous devons les relever ensemble. Favorisons le développement du premier marché de santé animale en Europe et faisons vivre le maillage vétérinaire du territoire français !
Yves MAMOU
Grâce à vous, Monsieur DUMOULIN, nous avons pu voir avec quelle rapidité les entreprises du médicament vétérinaire sont capables d’apporter de nouvelles solutions sur le marché, d’aborder les différentes facettes des problèmes de santé qui surgissent aussi bien dans le monde de la santé humaine que dans celui de la santé animale. Il s’agit de l’une des forces incroyables de ces industries.
Évidemment, les médicaments font appel à de nombreux acteurs, en particulier à ceux qui les prescrivent et les distribuent. A cet égard, nous sommes obligés de dresser un parallèle entre les médecins et les vétérinaires. Ce qui me frappe est la difficulté à faire admettre la notion de coût dans le monde médical français alors qu’elle occupe une position centrale dans l’univers des vétérinaires.
Cette notion de coût est-elle liée au médicament, à la prescription ? Monsieur Claude ANDRILLON, Rédacteur en chef de la Dépêche Vétérinaire, Secrétaire général du Syndical national des vétérinaires français et Vice-Président du Syndical national des vétérinaires d’exercice libéral, a des idées très arrêtées sur la question. Je lui cède la parole.
Claude ANDRILLON
Après cette envolée optimiste, il est de temps de revenir sur terre. Globalement, nous assistons à une remise en cause sociétale de la notion même de progrès. L’innovation présente des aspects techniques et réglementaires. Elle induit aussi des évolutions du marché et des comportements concernant le médicament vétérinaire. Les conséquences économiques et sociologiques de l’innovation correspondent donc à une grande préoccupation du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral.
Le marché du médicament vétérinaire se caractérise en 2004 par une croissance très faible en chiffre d’affaires et une régression en volume. Ces résultats montrent que le modèle de croissance qui prévalait jusqu’à présent se trouve en crise voire en panne. Ce modèle est basé sur l’innovation. Il vise à substituer des médicaments récents plus performants et à coup sûr plus onéreux à des médicaments anciens probablement moins efficaces et moins chers. Le marché du médicament vétérinaire n’a donc cru ces dernières années qu’au travers d’une hausse non pas quantitative mais qualitative du panier moyen. En quelque sorte, nous sommes passés de «Leaderprice à Fauchon » et puisque le chiffre d’affaires de ce marché stagne et le panier moyen augmente, la médicalisation des animaux diminue.
Sommes-nous au stade d’un marché mature, victime des succès conjugués, de l’amélioration de l’alimentation et de l’hygiène, des progrès liés à la prophylaxie médicale mise en place ?
A cette question, je répondrais par la négative. J’ai demandé à analyser des statistiques de la Chambre d’agriculture de mon département concernant des animaux collectés par équarrissage. Les résultats de cette étude montrent que depuis des années, 10 % des veaux sont collectés par le service public d’équarrissage. Autrement dit, sur cent veaux nés, dix meurent dont trois à la naissance et sept de maladie. Globalement, l’innovation ne nous a pas fait progresser collectivement sur le sujet depuis des années.
a. Ne pas tout miser sur l’innovation
L’innovation ne peut plus constituer l’unique composante de la croissance du marché, car nous arrivons au terme de la hausse de la demande en terme de panier moyen. Le coût quotidien de la médicalisation optimale d’un chien âgé, le prix de mise en place d’un schéma préventif de santé dans un élevage de poulets du Cher ou le coût de la médicalisation d’un lot de taurillons atteints de pneumonie ne peut pas monter jusqu’au ciel.
En pharmacie humaine, le problème est différent. La bonne fée Sécurité sociale veille sur le marché, le berceau des nouveaux médicaments. Nous avons une croissance par niches, par médicaments innovants d’exception qui se substituent pour partie à une croissance par blocs. Nous faisons appel à des médicaments à diffusion très restreinte, très innovants, qui apportent un progrès mais sont négociés à un prix extrêmement élevé avec les autorités. Par exemple, une dose unitaire de visuline, médicament injectable utilisé après rétro-activation pour traiter les liaisons de la rétine, coûte 1 340,78 euros.
Une croissance par innovation d’exception n’est pas envisageable pour des raisons tarifaires en médecine vétérinaire. Par conséquent, l’innovation susceptible de nourrir un modèle de croissance du marché du médicament afin de concourir à une meilleure satisfaction des besoins effectifs ne peut plus se résumer à une dimension technologique.
b. Faire bouger les mentalités
Il faut certes des médicaments nouveaux. Mais il faut également des idées neuves. Changer le contenu des flacons ne suffit pas. Il est indispensable aussi de modifier les manières de penser. Les industriels et dispensateurs doivent être attachés à améliorer sans cesse l’efficacité des traitements et leur sécurité pour les animaux effectivement médicalisés. Pour l’instant, ils se sont collectivement trop peu souciés des besoins des autres. L’état actuel du marché sanctionne ce défaut d’ambition et de vertu. L’innovation a nourri en fait le transfert de parts de marchés. Il s’agit d’un modèle de croissance individuel où il est question de prendre des parts de marchés, de se servir de l’innovation pour disqualifier d’autres médicaments et d’autres acteurs.
Ce modèle n’a pas accru la médicalisation. Les prescripteurs sont guidés vers la performance individuelle et ponctuelle. Ils ont trop souvent ignoré les besoins effectifs qui ne leur étaient pas directement soumis. Ainsi, en France, à peine 25 % des chats disposant d’une protection vaccinale satisfaisante. C’est bien moins qu’au Royaume Unis.
De même, la comparaison entre la somme de vaccins contre les entérotoxémies commercialisés, première cause de mort subite chez les ruminants, et le nombre total de ces animaux en France laisse perplexe. Au lieu de dynamiser collectivement un marché correspondant à un besoin impérieux de santé animale, les industriels sont parfois enlisés dans des controverses sur la pertinence des souches et des toxines. L’instauration par l’État de visites obligatoires destinées à assurer la traçabilité des bovins dans le cas de prélèvements pour tests ESB a permis de s’apercevoir que des bovins malades depuis plusieurs jours ou semaines n’avaient fait l’objet d’aucun soin.
Certes, nous pouvons être légitimement fiers de ce que nous faisons. Toutefois, il n’y a pas lieu de s’enorgueillir de ce que nous n’effectuons pas. Nous devons nécessairement nous interroger sur les causes du désintérêt des prescripteurs pour des pans entiers du marché.
Cette attitude ne relève pas de l’ignorance mais d’inhibitions. D’abord, les vétérinaires perçoivent des messages subliminaux lorsqu’ils ne sont pas appelés pour soigner une urgence avant le journal de 13 heures ou de 20 heures. Le message type « l’antibiotique n’est pas automatique » laisse quand même des traces. Il aboutit à une sorte de culture de la culpabilité.
Ensuite, depuis des années, au sein de la profession, le discours politiquement correct consiste à dire : « utiliser mieux le médicament vétérinaire, c’est en utiliser moins. » Or, le prescripteur compétent résout les problèmes par l’hygiène, par l’alimentation et pas toujours par le médicament. Celui, moins compétent, ouvre le parapluie thérapeutique.
Le rapport qu’entretiennent les vétérinaires avec l’argent n’est pas dénué d’ambiguïté. Pour tous, la valeur ajoutée liée à la prescription et à la délivrance du médicament est nécessaire. Néanmoins, certains actes comme les actes techniques ou intellectuels sont jugés honorables, d’autres considérés comme moins nobles. Or, dans l’histoire de la profession, les premiers acteurs à avoir perçu l’importance du marché du médicament n’ont pas toujours été habités par une éthique absolue et ont souvent été traités d’affairistes par leurs collègues.
Enfin le commerce du médicament vétérinaire apparaît encore dans le subconscient des vétérinaires comme quelque chose de sulfureux et de coupable. L’enseignement ne prépare aucunement nos confrères à leurs futures fonctions de chefs d’entreprises. Pire encore, leur timidité pour aller au devant de leurs clients afin de promouvoir leurs compétences et produits est grande. Leur formation marketing s’avère dérisoire. Du coup, l’industrie du médicament vétérinaire ne jouit pas d’une force de vente opérationnelle et performante. Il y a des progrès à faire en la matière.
Aujourd’hui, l’innovation majeure serait de faire mieux avec l’arsenal thérapeutique en place, de manière à concourir à la valeur des résultats médicaux qualitatifs et surtout quantitatifs obtenus. Le devoir éthique des prescripteurs coïncide avec le challenge économique des entreprises fabriquant et distribuant les médicaments. Il s’agit d’amener vers la médication tous les animaux en ayant besoin. Une large part de la demande occultée est solvable. Il n’est pas question de susciter auprès des propriétaires d’animaux de compagnie et des éleveurs des besoins factices mais de faire prendre conscience de l’évidente nécessité de tenir compte de la protection et du bien être animal, de l’économie des élevages et de la santé publique. Le niveau de protection de la santé publique va de paire avec le nombre de carnivores vaccinés contre la rage, vermifugés contre l’échinococcose ou traités contre les teignes quand ils en sont atteints. Il va aussi de paire avec le nombre d’élevages atteints par la fièvre et vaccinés contre celle-ci afin d’empêcher l’excrétion dans le lait de l’agent pathogène. C’est pourquoi, nous avons un rôle à jouer dans le débat autour de l’innovation.
Aujourd’hui, le SIMV s’évertue enfin, au-delà des intérêts de chaque firme, à développer une synergie plus efficace entre les entreprises, à promouvoir un modèle de croissance ne reposant pas exclusivement sur l’innovation technologique et à le faire partager aux prescripteurs et dispensateurs.
A travers lui, l’innovation suppose d’engager une triple révolution culturelle. Il faut tout d’abord que l’enseignement vétérinaire apprenne à nos jeunes confrères comment il est possible de s’astreindre à un marketing vertueux et efficace. Il est nécessaire ensuite que les prescripteurs et dispensateurs triomphent de leurs inhibitions, qu’ils passent aux actes, aillent au devant de tous les besoins sans pour autant déroger à l’éthique au terme d’une sorte de psychanalyse qui n’en aurait pas les caractéristiques, la durée et le coût. Enfin affirmer que le marché est plat parce qu’il serait mature relève de l’idée reçue et incite l’ensemble des acteurs au fatalisme et à l’inertie. Une croissance par un élargissement du périmètre est possible. Elle est surtout nécessaire. En fait, il en va du médicament vétérinaire comme de l’impôt sur le revenu. Pour qu’il soit productif quand le taux d’imposition atteint un taux prohibitif, il est nécessaire d’en accroître l’assiette.
Yves MAMOU
Merci beaucoup pour ce panorama assez décapant de la situation. Les discours critiques participent souvent des changements. Je passe la parole à Monsieur Christophe BRARD, Président de la SNGTV et porteur d’un discours sur le métier du vétérinaire qu’il définit autant comme un consultant capable d’aider l’éleveur à faire évoluer son exploitation que comme un distributeur de médicaments.
Christophe BRARD
Mon intervention sera développée autour de deux thèmes correspondant chacun à une question liée au domaine des productions animales : comment est-il possible de favoriser l’adaptation du praticien à son nouvel environnement professionnel et comment l’industrie pharmaceutique peut-elle contribuer à cette adaptation ?
Depuis plusieurs années, au sein de la SNGTV, nous avons engagé une réflexion sur l’avenir du praticien dans le domaine des productions animales. Nous avons développé une stratégie et conçu un certain nombre d’outils actuellement mis à disposition des praticiens pour accroître leurs activités dans le sens de l’évolution de leur environnement. C’est la synthèse de cette réflexion et ces outils que je voudrais vous présenter maintenant.
Nous sommes dans un contexte de rupture. Au niveau des filières de production, les effets de la PAC font que les éleveurs deviendront encore moins nombreux, plus performants, subiront des contraintes supplémentaires en matière économique et de pénurie de main d’œuvre et seront très intéressés par tous les services à valeur ajoutée. L’approche coût/bénéfice est de plus en plus marquée dans les élevages et les éleveurs, en même temps qu’ils se transforment de plus en plus en chefs d’entreprises, demandent des interventions plus formalisées avec leurs partenaires dont les vétérinaires.
Les vétérinaires doivent répondre à cinq enjeux :
· La performance technique. Elle sera toujours la porte d’entrée du praticien dans l’élevage et doit se traduire par une meilleure rentabilité de l’intervention du vétérinaire, dans un contexte de diminution des interventions curatives et des interventions ponctuelles et de développement des interventions préventives.
· La maîtrise des coûts de production. Les « vétérinaires entrepreneurs » doivent appliquer à leurs structures d’exercice les règles auxquelles est astreinte une entreprise commerciale.
· Proposer aux clients éleveurs mais aussi aux clients de leurs clients dans les filières des offres de services innovants selon une approche technico-économique de l’élevage visant au développement de nouveaux services.
· Le médicament vétérinaire. Le vétérinaire restera le prescripteur et le dispensateur du médicament s’il est capable de montrer qu’il participe de manière fondamentale à la sécurisation et à la traçabilité de l’utilisation du médicament vétérinaire. Il devra aussi aider les entreprises agricoles à mieux maîtriser leur poste pharmacie, poste très important dans le domaine sanitaire et économique.
· Utiliser des systèmes d’information pertinents qui leur permettront de faciliter les enregistrements puis de les valoriser et ainsi d’avoir réellement une approche plus préventive, plus pragmatique des interventions en élevage.
Le paysage sanitaire regroupe cinq domaines principaux :
· Les maladies réglementées.
· Les maladies émergentes avec l’exemple de l’arrivée probable de la fièvre catarrhale ovine. Il s’agit d’un domaine en devenir.
· La sécurité sanitaire des aliments dès le stade de production. Elle passe par le développement du conseil en élevage, la prévention des pathologies, de bonnes pratiques d’hygiène et surtout la bonne utilisation du médicament vétérinaire. Il est nécessaire de développer des programmes de surveillance permettant de détecter les critères d’alertes que nous aurons fixés ; le but étant, dès lors qu’un point anormal est mis en évidence au niveau du domaine alimentaire dans une exploitation, de pouvoir mettre en place un plan d’actions correctives. Ceci a été fait, par exemple, dans le Saint Nectaire et le Salers.
· Les maladies endémiques : pneumonies, mammites, entérites. En absence d’éradication possible de ces maladies, il est nécessaire de développer des plans de santé formalisés en élevage dans lesquels le médicament vétérinaire aura toute sa place comme outil au service de la restauration de la santé et du bien être animal mais également de l’économie de l’élevage. Les bilans sanitaires volontaires que nous sommes en train de mettre en place, en collaboration avec la Fédération nationale des groupements de défense sanitaire, nous permettront de mieux identifier les priorités sanitaires des élevages et par conséquent, de mieux adapter nos actions. Il sera en outre possible de s’engager dans ces domaines vers des démarches de certification.
· La protection de l’environnement et du bien être animal, sujet plus prospectif mais avec lequel il faudra faire preuve de pragmatisme.
Nous sommes convaincus que demain la primauté de l’approche économique caractérisera le domaine d’intervention du vétérinaire dans l’élevage. Cette évolution exige une bonne maîtrise des dépenses en élevage et le développement de plans de prévention et de plans de santé formalisés.
La porte d’entrée du vétérinaire restera l’urgence et le cas ponctuel. C’est parce que le praticien aura montré sa compétence pour résoudre un problème qu’il pourra ensuite proposer des services de conseil en élevage. Ceci suppose pour les vétérinaires d’apporter de nouveaux services et outils aux entreprises agricoles et à restructurer efficacement leurs entreprises pour pouvoir dispenser ces services.
L’objectif est de proposer des services adaptés et rentables aux éleveurs et à leur environnement, d’où l’intérêt pour les vétérinaires d’avoir une formation initiale et continue de qualité, de diversifier les activités de leurs entreprises, en faisant si nécessaire appel à des spécialistes s’ils ne disposent pas des compétences adéquates en interne. Demain, il est probable que les cabinets vétérinaires deviendront des structures de plus en plus importantes et que tout le monde ne développera pas les mêmes compétences en interne.
Il sera essentiel en effet de fournir aux clients une intervention réalisée par la personne la plus compétente dans le domaine concerné. Cela suppose la mise en commun de moyens, de travailler en réseaux et de savoir référencer des cas. Ceci induit également l’utilisation d’outils informatiques adéquats, une sécurisation du poste médicament et la mise en place d’un programme de formation pour les éleveurs, ce que nous sommes entrain de faire avec la FNGDS. Cette formation sera réalisée par les praticiens auprès des éleveurs de leurs clientèles et leur permettra de renforcer leurs relations avec ces derniers.
Enfin il sera nécessaire de développer des démarches d’assurance qualité au sein des entreprises vétérinaires, non seulement sur des éléments ponctuels, comme la démarche du guide des bonnes pratiques du médicament vétérinaire par exemple, mais également sur l’établissement vétérinaire pris dans sa totalité.
S’il faut savoir proposer des services adaptés aux clients, il faut aussi savoir s’adapter aux besoins exprimés ou latents. Il s’agit de se demander de quel vétérinaire la société aura besoin demain. Nous, professionnels, nous ferons tout pour nous adapter. Nous travaillerons notamment en relation avec les écoles vétérinaires pour permettre à nos futurs confrères et consœurs de recevoir une formation en adéquation avec les attentes du marché.
Il existe plusieurs stratégies possibles. La première stratégie consiste à attendre et ne rien changer. Cette posture peut durer entre 5 et 6 ans. Toutefois, si nous ne prenons pas le train en marche et ne développons pas de nouveaux services, nous risquons très rapidement d’être disqualifiés et de voir nos domaines d’intervention occupés par d’autres.
La deuxième stratégie vise à anticiper la reconversion en canine. Le marché n’étant pas forcément en croissance, il est à craindre qu’une telle décision génèrera une concurrence accrue entre les praticiens de ce secteur.
La troisième stratégie, celle à laquelle nous croyons, tend à poursuivre l’investissement dans le domaine des productions animales avec un seul risque, celui de réussir.
Des choix sont à effectuer aujourd’hui. Ils seront réversibles si nous les prenons à temps et irréversibles dans le cas contraire. Ils sont peu risqués, ne nécessitent pas des investissements élevés et se trouvent en lien avec notre cœur de métier. Arrêtons le misérabilisme et les discours du type : « C’était mieux avant ! » Nous sommes convaincus qu’il existe un avenir pour les vétérinaires dans le domaine des productions animales. C’est pourquoi et afin de les aider à s’adapter, nous avons développé un certain nombre d’outils mis à leur disposition :
· BIDVet. Il s’agit du logiciel de raccordement des vétérinaires à SIGAL, le système d’information de la DGAl. Il permet de rendre l’action du vétérinaire sanitaire plus efficace dans le domaine des maladies réglementées, émergentes et de contribuer au développement du conseil en élevage.
· Vet’Elevage : un registre numérisé des traitements développé par la SNGTV. Son objectif est de faciliter l’enregistrement des données par l’éleveur et le vétérinaire ainsi que leur valorisation, de manière à pouvoir mettre en place, par exemple, des plans de santé formalisés.
· Veto’Expert. Il s’agit d’un logiciel d’expertise qui s’appuie sur Vet’Elevage dans les domaines de la maîtrise sanitaire, de la fécondité, de l’alimentation et de la qualité du lait.
· Le guide de bonnes pratiques du médicament vétérinaire. Nous avons développé cet outil et la démarche qui l’accompagne en partenariat avec le SIMV et avec le soutien de l’ensemble des organisations professionnelles vétérinaires dans le but d’assurer un bon emploi des médicaments par les vétérinaires et les éleveurs.
· GTV partenaire. Ce référentiel de prévention et de traitement des mammites permet d’apporter de la transparence et de justifier l’emploi du médicament en élevage, concept que nous entendons décliner à présent pour d’autres pathologies et d’autres espèces.
Ces 5 outils, complémentaires entre eux, servent à améliorer la performance technico-économique des élevages et à développer l’activité des vétérinaires. Notre objectif dans les années à venir est d’aider les praticiens à les mettre en place au quotidien, dans leurs entreprises et auprès de leurs clients, pour faire en sorte que les vétérinaires soient les partenaires privilégiés des éleveurs.
L’industrie pharmaceutique peut contribuer à cette adaptation de deux manières, sur un plan politique et sur un plan technique.
a. Sur le plan politique
L’industrie pharmaceutique représente depuis longtemps un partenaire majeur pour les praticiens et les organisations professionnelles vétérinaires. Les relations avec les laboratoires pharmaceutiques et le SIMV se sont beaucoup développées au cours des dernières années. La démarche du guide de bonne pratique du médicament vétérinaire témoigne de cette coopération. Nous attendons aujourd’hui de l’industrie qu’elle poursuive son engagement auprès des praticiens pour les accompagner dans leurs métiers. Nos attentes concernent toutes les actions qui contribueront à sécuriser et renforcer le double rôle du vétérinaire en tant que prescripteur et dispensateur du médicament, actions qui contribueront au développement des entreprises vétérinaires. Ces actions passent par la promotion des bonnes pratiques (techniques, commerciales et de communication), la sécurisation sous toutes ses formes de la filière médicament, de l’AMM au post-AMM et par la poursuite de partenariats autour de projets innovants au service de la profession vétérinaire.
b. Sur le plan technique
Les vétérinaires cherchent à disposer d’un arsenal thérapeutique permettant de répondre aux attentes d’une part des éleveurs et des filières des productions animales, d’autre part des consommateurs ; les premiers étant préoccupés par la santé animale dans un objectif économique, les seconds soucieux d’une bonne maîtrise des maladies transmissibles à l’homme par les animaux et les denrées animales ainsi que d’une maîtrise des contaminations chimiques des denrées (résidus, inhibiteurs).
Pour ce faire, nous avons besoin de médicaments vétérinaires efficaces pour lesquels les risques de résidus sont maîtrisables et les effets indésirables limités et repérables. Ces conditions sont remplies dans la majorité des cas. Nous disposons en effet d’une large gamme de médicaments disposant d’une AMM et appropriés aux espèces majeures et pathologies les plus fréquentes.
Aujourd’hui, si nous pouvons étendre l’utilisation des spécialités disponibles, dans le cadre de l’application de la cascade notamment, nous restons en attente d’innovations, en particulier dans le domaine des molécules, des vaccins, des galéniques, innovations adaptées à l’évolution des pathologies et des conduites d’élevage. Nous sommes en attente de solutions pour limiter le manque de disponibilité concernant les espèces mineures et les pathologies orphelines recensées et récurrentes. Nous avons besoin de nouveaux conditionnements appropriés pour restreindre la délivrance aux besoins de la prescription. Nous attendons la mise en place d’un dispositif global concernant la traçabilité du médicament depuis le laboratoire producteur jusqu’à l’utilisateur final.
Globalement, étant donné les contraintes économiques de plus en plus fortes reposant sur l’élevage et les exigences croissantes des consommateurs, nos besoins évolueront vers un arsenal thérapeutique favorisant la bonne utilisation du médicament, adapté à la demande croissante de schémas thérapeutiques préventifs et au développement de thérapies alternatives à la chimiothérapie. Il s’agit d’un vaste programme. Toutefois, je ne doute pas qu’ensemble, en unissant nos efforts, nous parviendrons à relever les défis de l’avenir dans l’intérêt de la santé et du bien être animal, de l’économie de l’élevage, du développement de nos entreprises et dans le souci constant de la protection de la santé publique.
Yves MAMOU
Après ce riche exposé, nous allons voir de quoi l’avenir sera fait. Je passe pour cela la parole à Monsieur TERRAND, Président de la Fédération européenne pour la santé animale et la sécurité Sanitaire et auteur de cette phrase en 2001 lors de la crise de l’ESB : « Je ne comprends pas pourquoi l’abattage total continue avec l’ensemble des tests dont nous disposons aujourd’hui. » Ces mots signifiaient-ils que les outils techniques permettaient de faire les tris nécessaires et d’éviter les abattages massifs. La solution passe-t-elle par plus de médicaments ou de meilleurs médicaments ?
Bernard TERRAND
Je remercie Monsieur Gouffé de m’avoir invité. Je vais vous donner sur le sujet le point de vue du dernier maillon de la chaîne. Mais auparavant, j’aimerais vous présenter la Fédération européenne pour la santé animale.
Aujourd’hui, toute action en matière de santé animale est encadrée par la réglementation européenne. C’est pourquoi, il a été décidé de créer la Fédération européenne pour la santé animale ; le but étant de disposer d’un outil de représentation et de négociation auprès des institutions communautaires et de mettre en place une réelle coopération technique à l’échelon européen entre les organisations professionnelles.
La Fédération aura bientôt quatre ans. Elle rassemble les éleveurs allemands, belges, français, italiens, luxembourgeois et néerlandais. Forte de l’expérience de ses membres, elle a déjà participé activement aux différents débats communautaires apparus sur le devant de la scène comme celui concernant la fièvre aphteuse et a donné son avis sur le financement de la politique de santé animale commune lorsqu’il s’est agi de sujets techniques comme la mise en œuvre du paquet hygiène ou de l’identification des petits ruminants.
Nous sommes engagés dans une démarche d’élargissement. Nous avons ainsi bon espoir d’intégrer prochainement dans notre Fédération les organisations espagnoles, portugaises et autrichiennes. De plus, nous travaillons activement à la mise en place d’une coopération avec les éleveurs des nouveaux Etats membres de la CE. Les éleveurs des quinze pays fondateurs de l’Union européenne partagent tous la même préoccupation en matière de médicament. Nous n’avons pas encore eu le temps de sonder les dix nouveaux entrants sur le sujet.
Cette question revient quasiment à toutes les réunions. La manière d’y répondre est fonction de plusieurs déterminants.
Sur le plan juridique, la responsabilité de l’éleveur a été considérablement renforcée. Cette évolution résulte des grandes crises sanitaires récentes mais aussi d’une tendance plus lourde de notre société à chercher le risque zéro et à toujours trouver un coupable. Le règlement du Conseil européen de 2002 fixe les grands principes de la responsabilité de l’éleveur. Ainsi le paquet hygiène comporte un volet information de la chaîne alimentaire et impose à l’éleveur de communiquer à l’abattoir les données relatives à la situation sanitaire de son élevage et au traitement médicamenteux éventuellement pratiqué. Ne nous trompons pas ! Il s’agit là d’une responsabilité énorme. Car de la nature des informations fournies dépendra la décision de l’abattoir d’introduire ou pas l’animal dans la chaîne alimentaire ; d’où l’importance de bien maîtriser l’usage de ce fameux médicament.
Toutefois, il faut avoir conscience que les éleveurs n’ont pas attendu le règlement européen pour se mobiliser sur ce problème. En effet, en tant que fournisseurs de denrées alimentaires, ils se doivent d’être à l’écoute des consommateurs. Or, les attentes de ces derniers ont considérablement évolué au cours de ces dernières années. Les consommateurs sont désormais peu sensibles aux questions relatives à l’usage du médicament, même si pour leurs besoins personnels, ils en abusent. Les éleveurs ont travaillé avec leurs GDS et leurs vétérinaires pour s’adapter à cette situation. Ils ont su privilégier une approche préventive en ayant recours dans certaines circonstances et pour certaines affections aux médicaments comme les vaccins ou les anti-parasitaires.
Aujourd’hui, une nouvelle donne se fait jour. Le contexte nous conduit vers de nouvelles avancées envisageables hier et obligatoires aujourd’hui.
Une autre contrainte impose aux éleveurs une bonne maîtrise des médicaments. Il s’agit des exigences économiques. L’éleveur, dans le cadre de la réforme de la PAC et de la baisse des prix qu’elle engendre, ne peut que rechercher davantage à optimiser au plus près les dépenses de santé, y compris sur le plan pharmaceutique. L’utilisation efficace du médicament doit lui permettre de renforcer la sécurité et la qualité des aliments, d’améliorer la santé des animaux et surtout de garantir la viabilité économique de son exploitation. Pour atteindre ces objectifs, des progrès sont envisageables dans plusieurs domaines et plus particulièrement au niveau de la réglementation, de l’utilisation des médicaments, de la recherche, de l’évaluation et de la diffusion des données.
Sur le plan réglementaire, trois axes me paraissent prioritaires. Il y a tout d’abord le risque de voir se raréfier les médicaments pour certaines espèces d’élevage ou certaines indications lorsqu’un marché restreint n’offre pas des débouchés économiques suffisants pour inciter à déposer un dossier d’AMM. Je pense par exemple au vaccin contre le charbon ou le botulisme chez les bovins qui représentent pourtant deux zoonoses majeures.
Il apparaît donc indispensable de faire évoluer le dispositif communautaire de façon à définir les notions d’espèces ou d’indications mineures, à établir une procédure spécifique adaptée pour ces indications et à réviser en conséquence le fameux règlement relatif aux limites maximales de résidus.
L’évolution de la réglementation encadrant la distribution au détail du médicament vétérinaire devrait en premier lieu aboutir à préciser les conditions de prescription, sans examen préalable, des médicaments aux animaux, l’éleveur ayant désigné un seul vétérinaire par atelier, unique personne habilitée à prescrire sans examen préalable systématique. Elle débouchera ensuite sur la mise en œuvre d’un suivi sanitaire permanent attesté par les enregistrements continus de l’éleveur et du vétérinaire, puis sur la réalisation par l’éleveur et le vétérinaire d’un bilan annuel à travers lequel il sera possible de dégager les priorités de l’élevage et de définir un protocole de soins. Nous sommes enfin arrivés à un consensus sur ce point.
Le nouveau cadre devrait également renforcer les mesures de contrôle et de répression, afin de mettre hors jeu les affairistes poussés par le désir de vendre le plus possible en dehors d’un encadrement réel et adapté. Il s’agit là d’une condition essentielle pour éviter de voir l’irresponsabilité de quelques-uns venir ternir la qualité du travail réalisé par l’immense majorité des éleveurs, des vétérinaires et des laboratoires.
Enfin il me semble qu’une meilleure harmonisation sur le plan communautaire devrait être recherchée. Il n’existe toujours pas de marché unique du médicament. Cette situation génère des distorsions de concurrence fâcheuses sources de trafics en zones frontalières. La délivrance d’une très grande majorité d’AMM dans le cadre de procédures nationales entraîne des problèmes dans le cas d’un marché unique et des incompréhensions de la part des éleveurs. Une vérité du côté des Pyrénées peut ne pas l’être de l’autre côté. Il convient d’harmoniser les processus de reconnaissance en ayant bien en tête la double nécessité de l’efficacité et de l’innocuité des médicaments.
Des améliorations peuvent également être réalisées au-delà du domaine réglementaire. Par exemple, en matière d’utilisation du médicament, il est possible d’obtenir d’importants progrès en renforçant la formation et la rigueur des éleveurs et en intégrant encore davantage la logique préventive.
En France, les groupements de défense sanitaire, en partenariat avec les organisations vétérinaires, ont choisi de s’engager dans une politique ambitieuse de formation volontaire des éleveurs. L’objectif est d’améliorer les pratiques à partir des situations et préoccupations rencontrées dans les élevages. Concrètement, il s’agit de garantir les modalités d’enregistrement sanitaire, d’optimiser au plan économique le recours aux médicaments, de sécuriser l’utilisation et la détention du médicament. Pour cela, l’accent sera mis au cours des formations sur l’importance et l’intérêt du classement des ordonnances, le respect des modalités de prescription et de délivrance, des procédés de stockage, de la gestion des périmètres, de l’entretien des matériels de traitement, des modalités de repérage des animaux traités et des délais d’attente.
Par ailleurs, il est essentiel que le vétérinaire traitant soit fortement engagé dans la mise en œuvre des formations de manière à les compléter lors de leurs interventions en élevage. Permettez-moi de vous faire une suggestion ! Les laboratoires producteurs ne pourraient-ils pas consacrer une part plus large de leurs compétences techniques et de leurs moyens financiers auprès de ce binôme éleveur/vétérinaire en participant à leur formation permanente ? Ils auraient ainsi un contact avec les deux maillons techniques essentiels de la chaîne du médicament et l’occasion de recueillir un maximum d’informations de terrain.
Je souhaite rappeler notre attachement à une politique offensive en matière de recherche et d’évaluation. Des marges de progrès importantes demeurent. Il convient que les pouvoirs publics communautaires et nationaux profitent de la plate-forme technologique européenne mise en place en décembre dernier pour renforcer les moyens de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. En conclusion, le renforcement de la sécurisation du médicament passe par une action globale qui doit mobiliser tous les acteurs : laboratoires, éleveurs et vétérinaires. Car en cas de problèmes, ils seront tous responsables.
L’ambition est de renforcer les liens entre les différents maillons de la chaîne du médicament vétérinaire. La FNGDS soutient la proposition formulée par l’Agence nationale du médicament vétérinaire de créer un Observatoire du médicament vétérinaire qui aurait pour mission de centraliser, de faire produire, de diffuser des données, des analyses, des études sur la situation du médicament vétérinaire en France et d’émettre toute recommandation et proposition de réforme auprès du Ministre de tutelle.
Yves MAMOU
Je tiens à remercier chacun des intervenants d’avoir respecté le cadre horaire qui lui avait été imparti. Il nous reste un peu de temps pour poser des questions. Monsieur TERRAND vient de soulever un sujet très intéressant. Les laboratoires ne pourraient-ils pas consacrer une partie de leurs moyens aux vétérinaires et aux éleveurs ?
Daniel GOUFFE
C’est une très bonne idée. Je la fais mienne. A nous de réfléchir à la manière de la faire vivre dans la réalité. Nous avons un travail très important à effectuer auprès des étudiants des écoles vétérinaires. C’est là que démarreront les choses.
Yves MAMOU
Voilà qui s’appelle un engagement ! Je laisse maintenant la parole à la salle.
Mireille CHATON-SCHAFFNER, CEVA Santé animale
Plusieurs fois, il a été fait mention de la plateforme technologique européenne. D’une façon générale, plusieurs plateformes technologiques ont été mises en place sous l’égide de la Commission européenne au niveau européen. Bien que soutenues par cette instance, elles travaillent toutes de manière indépendante et ambitionnent d’assurer la compétitivité de la recherche et de l’industrie européenne sur le plan mondial en facilitant et en accélérant le passage du concept au produit disponible sur le marché (« science services society »).
Une plateforme pour la santé animale a vu le jour en décembre 2004. Elle associe l’ensemble des parties prenantes : laboratoires de recherche, éleveurs, vétérinaires, autorité responsable de l’enregistrement, industrie du diagnostic et du médicament. Elle se met petit à petit en place et est en train d’élaborer son plan stratégique de recherche, son ambition étant d’avoir des moyens supplémentaires pour faire face aux nouvelles épizooties et aux problèmes généraux auxquels l’élevage est confronté tout en garantissant bien sûr l’absence de risques pour le consommateur. Cette plateforme facilite les transferts technologiques et traite d’un certain nombre de sujets horizontaux (réglementation plus favorable au développement de produits innovants, maladies mineures, éducation et formation).
Monique ELOIT, DGAL
Je note avec satisfaction le consensus général autour de l’idée que le médicament vétérinaire n’est pas un produit intrant banal pour une exploitation agricole. Son utilisation doit faire l’objet d’une attention particulière, tant au niveau de la distribution que de la prescription.
Toutefois, il ne faudrait pas que ce consensus occulte la diversité de la profession vétérinaire, des filières de production et des approches des uns et des autres concernant le médicament vétérinaire. J’ai bien entendu le souhait de Monsieur TERRAND de voir apparaître une réglementation mieux harmonisée et plus efficace et des contrôles renforcés voire répressifs. Certains d’entre vous ont déjà eu l’occasion de participer à des réunions organisées par l’administration sur le médicament vétérinaire et ils savent combien nous souhaitons avancer sur ce dossier. Le consensus est parfois très difficile à obtenir.
Christian RONDEAU, Président de l’Ordre des vétérinaires
Il n’est pas usuel que le Président de l’Ordre des Vétérinaires lance une question un peu iconoclaste. Mais les expériences récentes nous ont montrés combien il fallait rester à l’écoute de nos mandants. A cet égard, je partage tout à fait le point de vue de Madame ELOIT. Les comportements des vétérinaires sont pluriels.
Du fait de l’application de la fameuse cascade, des propriétaires d’animaux de compagnie se voient obligés d’acheter, en matière de soins pour leurs animaux de compagnie, des molécules qu’ils pourraient se procurer en médecine humaine à un prix inférieur. Sur ce sujet, nous commençons à entendre un certain nombre de confrères évoquer leurs difficultés à faire respecter notre volonté commune de développer la pharmacopée vétérinaire. Cette situation est inquiétante et il convient d’y réfléchir pour apporter des solutions.
Rémy GELLE, Président du SNVEL
Aujourd’hui, pour les vétérinaires libéraux que je représente et qui constituent la majorité des vétérinaires, le sujet le plus important concerne le maillage du territoire. S’ils veulent continuer à exercer leurs activités et à rester proches des éleveurs, les vétérinaires doivent bien connaître les élevages. La FNGDS partage cet avis. C’est pour cela que nous avons pu avec elle avancer sur ce dossier.
Le médicament est forcément au centre de la problématique du maintien du vétérinaire sur le territoire. Durant ces dernières années, la formation des vétérinaires s’est beaucoup améliorée et ce, dans les quatre écoles vétérinaires.
Notre souhait est de bien nous faire rémunérer pour les conseils que nous prodiguerons ; d’où la nécessité de permettre aux vétérinaires et peut-être aux pharmaciens d’être à l’aise avec les médicaments vétérinaires. Le syndicat que je représente s’est engagé dans cette voie.
Effectivement les vétérinaires utilisent les médicaments avec prudence alors qu’ils savent bien tous les bienfaits que ces produits peuvent apporter, notamment dans le domaine du soin, du bien être animal, sujet appelé à devenir majeur.
Je remercie Monsieur TERRAND d’avoir parlé de l’Europe. Il faut être courageux pour le faire. Je viens de quitter le poste de Président de l’Union européenne des vétérinaires et praticiens, place occupée désormais par un autre Français. Il est nécessaire de mettre en place un plan Marshal pour le médicament. Comme il est impératif, par ailleurs, de former, en lien avec le travail de la SNGTV, les vétérinaires aux techniques du marketing ; ce qui implique une question : Quelle rémunération les vétérinaires vont-ils obtenir des formations qu’ils suivront ?
Il faut qu’autour de principes clairs et valorisants et dans le cadre de conventions signées avec les éleveurs, il y ait une bonne utilisation sécurisée du médicament. Il est nécessaire de répéter haut et fort que le médicament vétérinaire représente un progrès pour la société. Voilà ce que je demande au SIMV de mettre en œuvre. De toute façon, nous allons nous y employer de notre côté.
Jean-François ROUSSELOT, AFVAC
Les praticiens, l’AFSSA et le SIMV doivent agir ensemble pour bien faire comprendre aux vétérinaires que si le coût du médicament vétérinaire est un peu plus élevé, c’est parce qu’il y a eu en amont du produit une investigation clinique ayant permis d’enrichir les connaissances sur l’efficacité et les effets secondaires de molécules, même si celles-ci proviennent de la recherche médicale humaine, le métabolisme d’un médicament n’étant pas le même chez les chiens que chez les humains.
Il est nécessaire de lancer une communication sur le sujet auprès de nos confrères, éventuellement du grand public. Nous avons tous intérêt à ce que médicament vétérinaire soit plus utilisé que le médicament humain.
Daniel GOUFFE
Je prends bonne note de votre remarque. Nous mettons actuellement en place un plan de communication sur le médicament vétérinaire. Celui-ci courra jusqu’à 2007.
Patrick DEHAUMONT, Dircteur de l’ANMV
J’ai entendu beaucoup de mots clés. J’en ai noté quelques-uns : mise en réseau, mise en commun, sécurisation, bénéfices risques, santé publique, économie.
Je voudrais revenir sur l’innovation et la disponibilité comme réponses à l’intérêt général. Je crois que l’industrie de la santé animale a fait la preuve de sa capacité à innover. J’ai cru comprendre d’ailleurs qu’elle se portait plutôt bien avec une croissance pérenne et de nombreuses innovations programmées. J’ai entendu également que l’augmentation de la réglementation lui permettait de faire des économies très significatives en matière de développement de nouvelles molécules.
Si l’innovation a été très importante et ne s’arrêtera jamais, il me semble que l’industrie seule n’est pas en mesure d’innover dans tous les secteurs et de répondre à l’ensemble des questions d’intérêt général. Trois partenaires majeurs peuvent l’aider dans cette tâche : l’Europe, les consommateurs et les pouvoirs publics.
Comme Monsieur TERRAND l’a expliqué, nous disposons aujourd’hui de marges importantes en matière de disponibilité, pas seulement sur les espèces mineures mais aussi sur les espèces majeures. Nous ne réglerons ces questions qu’au niveau européen. Il nous sera impossible, par exemple, de réfléchir en termes de bénéfices risques seulement à l’échelon français et sans associer à nos travaux les consommateurs. Il existe un grand déficit de communication vis-à-vis des consommateurs, ces derniers n’étant pas pour l’instant concernés par les démarches effectuées au niveau du médicament vétérinaire.
S’agissant des pouvoirs publics, nous les connaissons surtout sous l’angle du régulateur. Ils doivent s’engager davantage au niveau national mais aussi européen, la question se posant de savoir s’il faut lancer la mise en œuvre d’un règlement spécifique au sujet de cette problématique.
Jean-Pierre CASSAN, Président de la FEFIS
Un point important mérite d’être souligné. Il s’agit du gaspillage. Si un médicament est prescrit alors qu’il ne devrait pas l’être, cela constitue une erreur, une faute.
Un médicament s’accompagne d’un bénéfice mais aussi d’un risque. Les situations où seul le risque existe ne sont pas bonnes et n’ont pas notre soutien. Actuellement s’effectuent des campagnes pour inciter à une meilleure prescription des médicaments aussi bien pour les humains que les animaux.
Il existe beaucoup de similitudes entre la médecine des humains et celle des animaux. Il est rassurant de voir qu’un médicament peut s’appliquer aussi bien aux animaux qu’aux êtres humains. L’une des grosses difficultés du métier réside dans la posologie. La dose de médicaments à donner varie en effet en fonction des animaux, ce qui peut freiner dans certains cas la mise à disposition des produits.
Du fait du principe de précaution qui entraîne une succession d’études, la recherche et surtout le développement coûtent de plus en plus cher. Du coup, des médicaments se vendent à des prix très élevés sur le marché et peuvent être jugés onéreux lorsqu’il s’agit d’une maladie certes répandue mais peu développée.
Le coût élevé d’un médicament peut permettre à l’entreprise qui l’a développé d’avoir un retour sur investissement. Il faut savoir que ce retour sur investissement existe pour 3 médicaments sur 10 et que 3 médicaments sur 10 000 étudiés sont lancés. En l’absence de gain possible, aucune entreprise n’investira dans la recherche.
La recherche coûte de plus en plus cher, car il est demandé de plus en plus de documentations, de tests, avant et après réception de l’AMM, pour un médicament. Les tests qui succèdent à l’obtention de l’AMM servent à vérifier si le produit répond bien aux valeurs d’efficacité et de tolérance annoncées lors de l’AMM.
Gilles BASTIEN, Président de l’Association des sociétés vétérinaires de distribution des médicaments vétérinaires
Je vais essayer de faire preuve d’optimisme et d’enthousiasme. Je voudrais revenir sur le mot de fierté. Je suis extrêmement fier d’appartenir à la profession vétérinaire qui a en charge d’assurer la santé publique vétérinaire, domaine insuffisamment connu et qui s’appuie d’abord sur la santé animale (animaux de production ou animaux de compagnie). Plus largement, la santé publique vétérinaire cherche à éviter les contaminations par produits ou d’origine animale ou par les résidus de traitement. Les vétérinaires et propriétaires d’animaux ont une très grande responsabilité dans la mise en place des moyens nécessaires pour assurer au maximum cette noble mission. Je souhaite que les mesures prises ou à prendre ne viennent pas transformer le médicament vétérinaire, fusse-t-il innovant, en un produit d’appel pour vendre d’autres services au détriment de la santé publique vétérinaire et de la santé économique des exploitations en entraînant beaucoup de gaspillage.
Yves MAMOU
Ce débat m’a beaucoup intéressé. J’ai le sentiment que nous vivons dans des sociétés complexes engendrant des risques complexes. Aujourd’hui, il faut se protéger autant contre les risques situés à l’extérieur de la société que contre les risques créés par la société elle-même. Lorsque nous entrons dans un hôpital, nous courons autant de risques d’en sortir malade que guéri. Ces phénomènes sont compliqués et j’ai l’impression d’avoir d’assisté à un moment où l’intelligence collective se met en action pour essayer de mettre en place des garde-fous ou des pare-feu face à des problèmes ardus. Je trouve ce travail très positif et me réjouis d’avoir entendu des mots clés comme bénéfice, risque, sécurité, formation, médicament, innovation.