Agriculture : les animaux malades de l'élevage - Mensuel n° 405 - juin 2003


Éthique oblige, l'Union européenne remet actuellement en cause certaines pratiques de l'élevage intensif considérées comme néfastes au bien-être des animaux d'élevage. À tort ou à raison ?


Voir notamment le Test Que Choisir : Résidus d'antibiotiques dans la viande de porc

'est un élevage de porcs comme il en existe des centaines en Bretagne. Un ensemble de bâtiments gris avec ses silos à grains formant une verrue dans le paysage. 600 truies y enchaînent, sans relâche, insémination, gestation, mise bas et allaitement afin d'assurer la production annuelle de 12000 cochons, nécessaire à l'équilibre financier de l'entreprise. Les animaux, parqués dans des salles d'engraissement, bénéficient royalement d'un espace vital de 0,65m2 chacun et ne mettront jamais le groin dehors, sauf le jour de l'abattage. Sélection génétique, claustration dans des locaux chauffés, manque d'exercice et alimentation ultraconcentrée distribuée ad libitum leur permettent d'atteindre en à peine six mois le poids optimal de 110kg, au-delà duquel l'animal ferait plus de lard que de muscle. Malheureux, ces cochons ? L'idée ne semble guère effleurer Philippe Le Goux, l'un des associés du GAEC (Groupement agricole d'exploitation en commun) de Kermerrien (22). «Voyez comme ils sont calmes et sereins, assure-t-il. Nous, les éleveurs, on a l'oeil, on sait déceler si un animal est bien ou pas. Il ne faut pas considérer leur bien-être en fonction de préjugés.» Un point de vue partagé par la majorité des éleveurs qui a tendance à estimer, avec la multiplication des nouvelles réglementations, que l'on se soucie beaucoup trop du bien-être des animaux et pas assez du leur ! Car c'est bien pour assurer une rentabilité économique aux exploitations agricoles et permettre aux éleveurs de pouvoir mener une vie «normale» que pouvoirs publics et syndicats agricoles ont, depuis 50 ans, encouragé quasi exclusivement le développement de l'élevage intensif. Plus question pour ces nouveaux agriculteurs de revenir en arrière et d'être obligés de changer à la fourche la litière des bêtes, sept jours sur sept et 365 jours par an, comme le faisaient leurs parents et grands-parents. Mais cette rationalisation des méthodes d'élevage a entraîné un véritable bouleversement de la condition animale. Fini les vaches paissant paisiblement dans les pâtures, les cochons fouissant la terre ou les poulets s'égayant dans la basse-cour.

Le déclic de la vache folle
Aucune variété animale n'a échappé à la course à la productivité. Dans les poulaillers industriels, par exemple, il suffit de six semaines pour passer du poussin au poulet de 1,2 kg (contre 12 semaines pour un poulet Label rouge). Restriction de l'espace disponible, augmentation des effectifs, sevrage précoce, diminution de la durée de vie au regard du potentiel de l'espèce, etc. ont été les maîtres mots de cette évolution. Tant que les animaux n'étaient pas malades et se développaient convenablement, on ne s'inquiétait guère des souffrances éventuelles qu'ils pouvaient ressentir. «L'enseignement agronomique a ainsi habitué des générations d'éleveurs à considérer l'animal comme une machine thermodynamique destinée à transformer de l'énergie en viande ou en lait et non comme un être vivant et sensible», constate Robert Dantzer, promoteur et animateur du groupe de travail Agri Bien-être animal créé il y a cinq ans par l'Inra (Institut national de recherche agronomique) et qui rassemble des chercheurs de tous horizons : biologistes, économistes, spécialistes des sciences humaines. Une petite révolution au sein d'une institution qui s'était consacrée exclusivement jusqu'ici à l'amélioration de la productivité animale et végétale. Mais les temps ont changé. La crise de la vache folle a mis crûment en lumière les méthodes de la filière et les risques qu'elles faisaient courir au public. Le tout-économique a montré ses limites. La vogue de l'écologie et la nostalgie d'une nature «naturelle» ont suscité de nouvelles demandes de la part des consommateurs. «Nous voulons désormais des aliments éthiquement connotés», poursuit Robert Dantzer. Selon une enquête menée par l'Inra en 1997,95% des Français se disent favorables à la prise en compte du bien-être des animaux en élevage. Et 86% des personnes interrogées affichent leur opposition aux élevages de poules pondeuses en batterie et 91% aux veaux élevés en case individuelle. Bien entendu, ces préoccupations morales ne se retrouvent pas forcément dans les comportements d'achat, même si 80% des personnes interrogées se déclaraient prêtes à payer plus cher une viande issue d'élevages respectueux du bien-être des animaux. Une tendance d'ailleurs confirmée par l'augmentation lente mais régulière du marché des produits alternatifs, comme le montre la percée des oeufs de poules élevées en plein air qui pourraient, à terme, représenter 25% des ventes d'oeufs en France. Certes, les motivations qui poussent le public à prendre en compte la qualité de vie des animaux de boucherie ne sont pas toujours d'ordre purement moral. Car dans notre société urbaine, l'immense majorité des consommateurs n'a aucune idée précise de la façon dont sont élevés les cochons ou les veaux qui serviront à produire la tranche de jambon ou l'escalope qu'ils achètent sous blister, en grande surface. Et s'ils se soucient du bien-être animal, c'est qu'ils l'associent, inconsciemment ou non, à la préservation de l'environnement et à la qualité finale du produit. Difficile de leur donner tort : un environnement agressif fragilise l'animal obligeant l'éleveur à user et parfois abuser des antibiotiques avec les conséquences que l'on sait sur la santé publique (QC n°398). Le mode d'élevage a aussi des conséquences sur les qualités organoleptiques du produit. Il suffit d'avoir goûté une fois un (vrai) poulet de Bresse pour savoir qu'il n'a rien de commun avec un poulet de batterie.

Réglementer le bien-être animal
Mais aussi pragmatique soit-il, le souci du bien-être des animaux d'élevage constitue aujourd'hui un fait de société. Les associations de défense animale, en particulier celles des pays du nord de l'Europe, infiniment plus puissantes et mieux structurées que leurs homologues du Sud, ont surfé sur cette tendance et en ont profité pour réclamer une réglementation accrue visant à préserver l'état de santé des animaux et à améliorer leur qualité de vie (voir «Le statut d'être sensible»). Une intention louable mais qui se heurte en pratique à de nombreuses difficultés. La notion de bien-être étant extrêmement floue, chacun y projette un aspect qui lui tient à coeur. Le grand public a tendance à l'assimiler à la liberté et à l'absence de confinement. De façon plus précise, la Fédération anglaise des associations de protection animale (FAWC) a édicté cinq libertés fondamentales: absence de maladies ou de blessures; présence d'abris appropriés et maintien du confort de l'animal; absence de peur et d'anxiété; possibilité d'exprimer les comportements normaux de l'espèce. C'est surtout sur ce dernier point que le bât blesse car, par définition, les conditions d'élevage moderne n'autorisent pas les animaux à se comporter comme ils le feraient dans la nature. En souffrent-ils ? La question est au coeur des débats houleux qui opposent régulièrement chercheurs, producteurs et défenseurs des animaux au sein du comité scientifique «Bien-être et santé animale» de la Commission européenne. Pour tenter d'y apporter une réponse objective, les scientifiques multiplient les approches : ergonomie, mesures des préférences, et mesures de l'inconfort à partir d'indicateurs sanitaires, zootechniques, physiologiques et comportementaux. On a cherché, à l'aide d'indicateurs physiologiques, à évaluer le stress du canard lors du gavage, de la truie que l'on attache pendant la gestation ou du veau que l'on sépare de ses congénères pour l'enfermer dans une stalle individuelle. Mais les résultats de ces travaux ne sont pas toujours très probants. Les dosages plasmatiques des hormones du stress (cortisol et catécholamines) sont, par exemple, sensiblement les mêmes chez le veau logé en groupe ou en case individuelle. Les observations comportementales sont, elles aussi, sujettes à caution. Les chercheurs imaginent, par exemple, des dispositifs expérimentaux sophistiqués pour déterminer quelle est la quantité d'espace ou la longueur de mangeoire qu'il faut octroyer aux poules en équipant les parois de leur cage avec deux clés qu'elles peuvent actionner de leur bec. Les résultats indiquent que ces dimensions ne sont guère différentes des cages commerciales courantes. Et pourtant il suffit de relâcher une poule d'un élevage industriel pour qu'elle retrouve illico les comportements naturels de son espèce. «En fait, on semble considérer les animaux comme des extraterrestres alors que l'on connaît leur comportement depuis des lustres», constate Florence Burgat, philosophe et auteur du livre Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être? publié par l'Inra. On peut d'ailleurs s'interroger sur l'objectivité de la recherche lorsqu'elle est financée, comme c'est souvent le cas, par les filières elles-mêmes. C'est la raison pour laquelle elle a dévié de l'interrogation sur le bien-être vers l'adaptation aux systèmes confinés intensifs. Selon le protocole choisi, les résultats peuvent différer du tout au tout.

Réglementation : Le statut d'«être sensible»

La législation sur la protection animale est relativement récente. Ainsi, la première loi française réprimant les mauvais traitements exercés sur les animaux domestiques date du milieu de XIXe siècle. Mais il faut attendre la loi du 10 juillet 1976 pour que le statut d'«être sensible» soit enfin reconnu à l'animal, alors qu'avant il était classé parmi les produits agricoles au même titre que les céréales ou les légumes. Au plan européen, la législation concernant la protection des animaux d'élevage a pour point de départ la Convention sur la protection des animaux d'élevage, en particulier dans les systèmes modernes d'élevage intensif, élaborée en 1976 par le Conseil de l'Europe. Certes, le bureau permanent de cette convention, constituée de représentants administratifs des États signataires, de scientifiques, d'éleveurs et d'associations de défense des animaux, se borne à émettre des recommandations qui ne sont pas directement applicables dans les élevages. Mais lorsque celles-ci sont adoptées par le Conseil de l'Europe, elles contraignent alors l'Union à élaborer de nouvelles directives conformes à leur contenu. Ces textes se basent sur les connaissances scientifiques et techniques disponibles et sont révisables en fonction de l'avancée des savoirs. Parmi les plus récentes, la directive concernant les normes minimales relatives à la protection des porcs prévoit notamment l'interdiction générale de l'attache des truies à partir de 2013. Une autre concernant les poules pondeuses interdit l'utilisation de cages en batterie en 2012. Pour les veaux, la pratique du musellement pour éviter qu'ils lèchent les murs ou mangent la paille de leur litière a été jugée contraire à leur bien-être. Enfin, au cours des dix dernières années, l'Union a adopté un large éventail de dispositions relatives à la protection des animaux durant le transport, leur état de santé pouvant être gravement affecté par les conditions de voyage.

Un animal n'est pas un légume
Enfin, un autre point faible de la plupart des travaux sur le bien-être tient au fait qu'ils négligent de prendre en compte la sensibilité de l'animal, sa capacité de représentation mentale. «Cet aspect reste encore largement ignoré, la plupart des travaux sur le bien-être se situant par rapport à un animal virtuel, l'équivalent d'un "tamaguchi" qui aurait les mêmes émotions qu'il soit à plumes ou à poils, voire à écailles», constate Robert Dantzer. La perception plus ou moins fine d'une situation est pourtant à l'origine des sentiments de plaisir ou de souffrance qu'un être vivant peut éprouver. En attendant de percer à jour le psychisme des animaux de la ferme, le moins que l'on puisse exiger des éleveurs est de maintenir leur troupeau en bonne santé. Or, de nombreuses études montrent qu'il n'en est rien. Une enquête récente réalisée aux Pays-Bas a révélé que sur 100000 porcs abattus, seul un tiers d'entre eux était en bonne forme, les deux tiers restant présentaient des pathologies diverses et variées, allant de la petite lésion à la pathologie cardiaque ou à l'ulcère à l'estomac. De son côté, l'association «Protection mondiale des animaux de la ferme» s'insurge en permanence contre les blessures et les maladies résultant directement de l'élevage industriel. «Les myosites et les troubles articulaires dont souffrent les poulets de batterie sont la conséquence directe de la sélection génétique qui privilégie la vitesse de croissance et le développement du muscle. Sans compter les brûlures aux pattes et au ventre, provoquées par l'entassement des volatiles sur une litière jamais changée pendant leur courte vie», s'indigne son directeur, Ghislain Zuccolo. Le sort des vaches laitières n'est guère plus enviable. Beaucoup d'entre elles présentent des mammites ou des boiteries causées par l'augmentation des quantités de lait qu'elles doivent fournir. «Malheureusement, le taux de morbidité dans les élevages est difficile à évaluer car de nombreux éleveurs ne tiennent même pas un registre où seraient consignés les maladies et les traitements subis par leurs animaux», déplore Robert Dantzer. Autant de données pourtant indispensables pour avoir une vue d'ensemble des pratiques d'élevage au niveau communautaire et de leurs conséquences négatives sur les animaux, afin d'y remédier. Aussi louable soit-il, le souci du bien-être des animaux ne doit pas pour autant compromettre celui de l'éleveur par le surcroît de travail, les investissements ou les risques qu'il peut entraîner. Ainsi, à partir de 2012, les truies ne pourront plus être bloquées dans des cages lors de la gestation et de l'allaitement (autrement dit pendant la quasi-totalité de leur vie) comme c'est le cas actuellement. Une mesure qui inquiète Philippe Le Goux car les truies qui vivent en groupe peuvent se montrer agressives.

Abattage : La qualité de la viande en dépend

Qu'il ait été choyé ou maltraité par son éleveur, qu'il ait vécu toute son existence entre quatre murs ou en plein air, l'animal sera tôt ou tard envoyé à l'abattoir. Extrait brutalement de son cadre de vie, il part alors pour l'inconnu. Le chargement dans le camion où il sera brinquebalé parfois pendant des centaines de kilomètres avec ses congénères, le déchargement et l'attente dans l'abattoir sont autant d'occasions de stress et de souffrance. D'autant que ces opérations s'effectuent parfois dans des conditions déplorables (temps de repos insuffisants, camions mal aménagés et surchargés...) contre lesquelles les associations de défense des animaux s'insurgent régulièrement. En principe, la durée du transport ne peut excéder huit heures d'affilée, ce qui est déjà beaucoup. La récente proposition de révision de la loi par la commission européenne a donc suscité un tollé unanime des défenseurs de la cause animale. De son côté, la dernière mission en France de l'Office alimentaire et vétérinaire de l'UE fait état de nombreuses infractions (manque de contrôle aux points d'arrêt des camions, nettoyage insuffisant avant le chargement, animaux gravement blessés pendant le transport...).
Depuis 1964, la loi exige que l'animal soit étourdi avant d'être saigné. Pour ce faire, on a recours à différentes techniques : les bovins et parfois les ovins sont assommés à l'aide d'un pistolet qui leur perfore le crâne alors que les porcs et les volailles sont électrocutés, parfois asphyxiés. «Mais il y a la règle et la façon dont elle est appliquée», constate Isabelle Veissier, directeur de recherche au centre Inra de Clermont-Ferrand-Theix (63), qui déplore les manquements de certains abattoirs notamment en ce qui concerne l'étourdissement des ovins. Directeur de la Protection mondiale des animaux de la ferme, Ghislain Zuccolo souligne les nombreux ratés dus à un ampérage insuffisant lors de l'électrocution des poulets. Des progrès ont pourtant été réalisés pour éviter le stress et l'agitation des animaux lors du transport et de l'abattage : mise au repos dans des salles de stabulation, douches calmantes, etc. Moins par souci de leur bien-être que parce que les conditions d'abattage ont une incidence directe sur la qualité finale de la viande. En effet, le stress perturbe fortement le métabolisme du glycogène, polymère du glucose qui joue un rôle important dans le fonctionnement des muscles. Après la mort, ce glycogène se transforme en acide lactique, permettant au muscle de devenir la viande que nous consommons, produit nettement plus acide que le muscle. La durée et l'intensité du stress ainsi que les caractéristiques génétiques propres à chaque espèce, voire à chaque individu, peuvent être à l'origine de deux défauts graves de la qualité de la viande. Si le glycogène n'est pas présent en quantité suffisante dans le muscle, la viande ne pourra pas s'acidifier: elle présentera alors un aspect désagréable avec une couleur sombre et un contact poisseux et une mauvaise conservation. En revanche, si l'acidification est trop rapide, la viande deviendra blanchâtre, flasque et exsudative au point d'être qualifiée de «pisseuse» par les professionnels.

Choisir un élevage à taille humaine
«En fait, le principal facteur de bien-être dans un élevage c'est l'éleveur», constate Robert Dantzer. Il faut donc qu'il y trouve son compte. Avec l'intensification de l'élevage, le lien très particulier qu'entretenait l'éleveur avec l'animal s'est perdu. Aujourd'hui, les relations affectives ne sont pas encouragées car elles perturbent les cadences. «N'y a-t-il pas une souffrance au travail due à la négation de cette sensibilité et liée à l'aspect mécanique de la production intensive ?» Un point de vue partagé par certains agriculteurs qui ont opté pour un élevage à taille humaine. C'est le cas de René Louail. Installé lui aussi dans les Côtes-d'Armor, il élève 1000 porcs sur litière et 45000 poulets par an, tous Label rouge. «Il faut désintensifier l'élevage, martèle-t-il. On ne peut pas concentrer la production à outrance et parler de bien-être animal. Lorsqu'on offre aux animaux suffisamment d'espace, lorsque l'éleveur est bien dans sa tête et dans son corps, au bout de la chaîne on n'a pas le même produit qu'en élevage intensif, où l'éleveur et ses animaux sont enfermés dans des buildings épouvantables dans lesquels ils ne voient jamais la lumière du jour. Le bien-être animal, le bien-être de l'éleveur et la qualité du produit forment une trilogie indissociable.» Éric Roussel, éleveur à Tréméoc (29) va, quant à lui, encore plus loin : il produit seulement une centaine de porcs par an qui ont à leur disposition 16 hectares ! «On va aller les voir, dit-il. Si on les trouve!» Effectivement, quelques minutes plus tard, on découvre sous les branchages une dizaine de bêtes, en train de fouir consciencieusement le sol. Un peu plus loin, une truie déambule suivie de ses porcelets. «L'exploitation fournit l'essentiel des ressources qui vont servir à nourrir les animaux au cours de leurs dix à douze mois d'existence : maïs, blé, orge et lin», explique Éric Roussel qui commercialise lui-même une grande partie de sa production sous forme de viande ou de charcuterie dans le magasin moderne qu'il a installé dans un vieux corps de ferme. Les porcs bénéficient d'une durée de vie deux fois plus longue que celle de leurs cousins industriels. Le secret, selon lui, d'une viande goûteuse et persillée. Sa plus grande fierté : un gros salaisonnier de la région vient se fournir chez lui. En repartant, on a un regard nostalgique pour la centaine de poulets et de pintades qui picorent sous les maïs. Utopique ? Peut être, mais on peut toujours rêver.

Test Que Choisir : Résidus d'antibiotiques dans la viande de porc

Protocole de test

Les produits :
La recherche de résidus de nitrofuranes a été réalisée sur 1500 échantillons de viande de porc prélevés dans 15 pays de l'Union européenne entre le 15 avril et le 3 mai 2002. L'UFC-Que Choisir s'est chargée du test pour la France. La viande analysée (échine, filet, côtes premières...) provenait de grandes surfaces, de magasins hard-discount, de marchés et de boucheries-charcuteries traditionnelles. Si une majorité des morceaux achetés ne précisait pas leur origine, nous avons aussi sélectionné des échantillons portant des sigles de qualité (porc biologique, Label rouge, porc de montagne, porc du Limousin, atout certifié qualité...).
Les analyses
Les molécules de nitrofuranes utilisées en médecine vétérinaire sont au nombre de quatre : furazolidone pour l'essentiel, ainsi que furaltadone, nitrofurantoine, et nitrofurazone. Ces molécules sont rapidement métabolisées par les animaux, leurs résidus se liant aux protéines des tissus. Le dosage de ces métabolites a été réalisé par chromatographie en phase liquide, avec une double détection par spectométrie de masse. Ce travail a reçu des subsides de la Commission européenne.

Nos résultats
Tous les résultats français sont négatifs. Sur l'ensemble des 1500 résultats européens, 12 sont positifs: 10 proviennent du Portugal, 1 d'Italie et 1 de Grèce.


Viande de porc : Les nitrofuranes persistent

Bien qu'interdits depuis plusieurs années dans les aliments pour animaux, les nitrofuranes font de la résistance. Une véritable menace pour la santé humaine.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) ne cesse de tirer la sonnette d'alarme: l'usage excessif des antibiotiques en médecine humaine et en élevage favorise la résistance des bactéries (QC n°398). Plus graves, certains antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire peuvent devenir cancérigènes lorsqu'ils s'accumulent dans l'organisme. C'est le cas des nitrofuranes. Découvertes en 1939, ces molécules au nombre de quatre ont été massivement utilisées dans les élevages pour prévenir certaines maladies des poulets, améliorer la vitesse de croissance ou traiter les infections intestinales des porcs, jusqu'à leur interdiction en 1995 (règlement 1442/1995).

La France bonne élève
Pourtant, certains producteurs n'hésitent pas à transgresser la loi comme le prouvent les résultats des analyses récemment menées au niveau européen et portant sur 1500 échantillons de viande de porc, à raison de 100 échantillons par pays membre de l'UE. Les résultats sont plutôt encourageants: sur les 1500 analyses, 12 seulement se sont révélées positives à la présence de nitrofuranes. La France fait figure de bonne élève avec aucun échantillon contaminé. Un sans-faute presque surprenant quand on connaît les dérives liées à l'utilisation inconsidérée d'antibiotiques dans les élevages de l'Hexagone. En revanche, trois pays sont montrés du doigt : l'Italie et la Grèce avec un échantillon positif chacune et surtout le Portugal avec 10% d'échantillons contaminés. Les éleveurs lusitaniens sont apparemment coutumiers du fait. À preuve : la découverte, en mars dernier, de dindes, de poulets et de cailles contaminés par des nitrofuranes dans 43 exploitations. Si les analyses complémentaires confirment l'utilisation de ces substances prohibées, 1,2 million de volailles devront être abattues.

Contaminants sans frontière
Mais le principal danger vient sans doute des pays en développement comme la Thaïlande, le Brésil ou le Vietnam où les dispositifs de contrôle sont beaucoup moins rigoureux. Ainsi, en 2002, pour les seules importations de crevettes, 480 notifications d'alerte ont été émises par les services de contrôle vétérinaires de l'UE. Une preuve de plus qu'il n'y a plus de frontières pour les contaminants qui se répandent plus loin et plus vite que jamais. D'où l'urgence de mesures mondiales pour renforcer la sécurité de la chaîne alimentaire dans son intégralité.