
La mise
en place d’une enquête épidémiologique sur les fibrosarcomes félins est
recommandée
S’appuyant sur les données actuellement disponibles, la Commission nationale
de pharmacovigilance vétérinaire estime que la relation entre vaccination et
fibrosarcome félin n’est pas démontrée. Pour objectiver le problème, elle
préconise cependant la mise en place d’une enquête épidémiologique
prospective.
La Commission nationale de pharmacovigilance vétérinaire (CNPV) a rendu
public, le 5 mars, une communication rédigée le 9 décembre
dernier, sur les fibrosarcomes chez le chat et la vaccination.
En réponse à l’inquiétude croissante face « à l’apparente augmentation
des cas de fibrosarcomes chez le chat en Europe, localisés principalement au
niveau des sites d'injection », le Comité européen des médicaments vétérinaires
(CMV) a publié une note d'information* à l'intention des vétérinaires
praticiens, explique la CNPV.
Dans ce contexte, la commission indique qu’elle a examiné les quatre
recommandations du CMV, qui concernent l’information des vétérinaires, la nécessité
d'une évaluation bénéfice/risque avant vaccination, le site et la voie
d'administration, les vaccinations de rappel.
« Ces réflexions sont publiées pour sensibiliser les vétérinaires
praticiens à la problématique des fibrosarcomes et les inciter, dans le cadre
des déclarations d'effets indésirables suite à des administrations de
vaccins, à porter une attention toute particulière aux sites d'injection pour
détecter l'éventuelle apparition de fibrosarcomes », explique-t-elle.
Les commentaires qu’elle émet s’appuient sur le travail de deux
rapporteurs.
D'AUTRES PREPARATIONS INJECTABLES PEUVENT ETRE EN CAUSE
Selon elle, les données disponibles, de nature rétrospective, « ne
peuvent démontrer une relation entre vaccination et fibrosarcome ». Elle a
pris en considération les résultats d’une enquête réalisée aux Etats-Unis
et au Canada sur une période de trois ans, parue après l'évaluation faite par
le CMV. Après la vaccination de 31 671 chats, 61 747 doses vaccinales ayant été
administrées, 73 réactions post-vaccinales et seulement deux fibrosarcomes
sont apparus, soit une incidence de 0,32 pour 10 000 doses de vaccins.
Pour éviter une estimation subjective de la fréquence du fibrosarcome induit,
elle recommande donc « la mise en place, au niveau national, d'une enquête épidémiologique
prospective ».
La commission souligne, de plus, qu’outre les vaccins, d’autres préparations
injectables peuvent être concernées dans la survenue des fibrosarcomes. Il
faut donc, selon elle, informer les vétérinaires praticiens sur le risque
accru de fibrosarcomes suite à l’administration d’un médicament vétérinaire
par voie IM ou SC.
PAS DE RECOMMANDATION SUR LE SITE D'INJECTION
La commission approuve les conclusions du CMV considérant que la
vaccination représente le seul moyen efficace et inoffensif de protéger les
chats contre des maladies infectieuses importantes. Cependant, comme lui, elle
préconise que « les vétérinaires praticiens se livrent, avec les propriétaires
des animaux, à une analyse bénéfice/risque de la vaccination à entreprendre
».
En l'état actuel des informations disponibles montrant des pratiques vaccinales
très différentes d'un pays à l'autre, elle partage la position du CMV sur
l'impossibilité de préconiser un site d'injection particulier lors de
l'administration de vaccins.
En outre, en l'absence d'autres données disponibles, la Commission estime,
comme le CMV, qu’il ne peut être recommandé des intervalles de revaccination
différents de ceux indiqués au niveau de la notice du vaccin concerné.
Au niveau européen, une ligne directrice** définit les données qui doivent être
fournies pour le dossier d'autorisation de mise sur le marché afin de
documenter la durée d'immunité. « La durée de protection doit être établie
à partir d'essais effectués en laboratoire et à l'aide d'épreuves virulentes
», précise la CNPV. « Les animaux testés sont maintenus dans des conditions
de confinement pendant des périodes très longues (parfois 1 an et plus) pour
éviter tout contact avec un germe sauvage qui pourrait interférer avec l'étude.
Les répercussions techniques et financières importantes qui découlent de ces
exigences réglementaires impliquent donc que la durée d'immunité établie par
le laboratoire producteur du vaccin correspond, en général, à une durée de
protection minimale d'immunité et expliquent la périodicité des rappels
vaccinaux. » Elle souhaite que la commission nationale d'autorisation de
mise sur le marché vétérinaire engage une réflexion sur cette estimation des
durées de protection des vaccins.
Rappelons qu’en novembre dernier, une communication sur la prévention des
fibrosarcomes félins, présentée au symposium Merial dans le cadre du congrès
de l’Afvac*** et basée sur une étude portant sur 20 chats européen, avaient
conduit ses auteurs (nos confrères Patrick Devauchelle et Jean-Pierre Magnol)
à recommander un site « peu riche en graisse » (lombes ou face externe de la
cuisse) pour l’injection de tous produits retard (vaccins, antibiotiques…).
Cette recommandation constituait une avancée puisque la seule qui avait été
émise jusqu’à cette date était d’éviter de procéder à de nouvelles
injections dans les zones où d’importantes réactions inflammatoires (panniculites)
ou des fibrosarcomes avaient été observés.
*EMEA/CVMP/205/03-final (adoptée le 14 mars 2003). « Advisory notice to
surgeons regarding the development of fibrosarcomas at sites of injection of
veterinary medicinal products in cats ».
**EMEAlCVMP/682/99 consultable sur le site www.emea.eu.int.
***Afvac : Association française des vétérinaires pour animaux de compagnie.