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Le développement : les témoignages des entreprises du médicament vétérinaire


Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des responsables de départements qui vous feront découvrir la réalité de leur métier ...
 

Philippe Gruet,
Responsable Développement et Affaires Techniques chez Novartis

Quelle est votre fonction ?
Je suis responsable de l’équipe développement et affaires réglementaires. Je tiens à préciser que chez Novartis, la recherche est basée en Suisse. En France, nous ne faisons que du développement.
Notre organisation repose sur deux volets : les activités locales (affaires réglementaires et assurance qualité) et le développement.
Concernant les activités locales, nous avons un responsable réglementaire et une personne responsable de l’assurance qualité et de la sous-traitance.
Pour l’activité développement, l’équipe est composée de trois chefs de projets et deux moniteurs (l’équivalent des attachés de recherche clinique en humaine) qui assurent le suivi terrain des essais cliniques. Pour ma part, je me partage entre les activités locales et l’activité développement. Concernant le développement, nous travaillons à l’échelon international. Il faut en effet savoir que tout le développement international de Novartis est basé en France.
Enfin, nous disposons d’une assistante qui travaille pour le développement et pour l’enregistrement.

Quel est votre parcours ?
Je suis vétérinaire ; j’ai un peu exercé mais j’ai assez rapidement intégré l’industrie. D’abord en stage pour m’en faire une idée plus précise et comme cela m’a plu, j’ai décidé d’y rester ! Ce qui m’a attiré, c’est la variété des activités, le contact et le côté international. Les voyages me permettent de rencontrer différentes cultures, découvrir différentes façons de travailler. Enfin, notre quotidien est loin d’être une routine et c’est vraiment passionnant.

Le côté terrain ne vous manque pas ?
Non car je suis toujours en relation avec lui grâce aux essais cliniques. Je n’ai certes plus de contact particulier avec l’animal mais j’ai en revanche beaucoup de relations avec les praticiens qui sont nos investigateurs.
Il est vrai que j’ai eu beaucoup de plaisir par le passé à travailler en rurale car j’appréciais énormément le contact avec « le bon sens du terrien » qui va à l’essentiel, sur des choses fondamentales.

Sur le site Internet de Novartis, concernant la R&D, on peut lire « It all begin with an idea ! » De quoi part-on quand on développe un nouveau produit ?

C’est très variable selon le type de produit. En santé animale, Novartis bénéficie d’une recherche propre, essentiellement sur les antiparasitaires. Concernant les autres types de molécules, nous nous appuyons sur la recherche « pharma ».
En effet au tout début, il y a une idée : au fur et à mesure que l’on connaît de mieux en mieux les pathologies, on en connaît leur fonctionnement et cela nous permet d’identifier de nouvelles cibles potentielles.
On dit souvent qu’une molécule pour 100 000 verra le jour sous forme de médicament ! Au stade de la synthèse des molécules (le screening), pour 100 000 molécules « sreenées », une seule arrivera sur le marché. Mais avant d’en arriver à la synthèse on a quand même une idée, nous savons où nous voulons aller. On sait quelle type d’activité on recherche et nous avons  les moyens par les HTS (High Throughput Screening) de tester énormément de molécules rapidement sur cette activité ciblée et recherchée. A partir de là, nous sélectionnons ce que nous appelons un « lead », c’est-à-dire une molécule qui correspond à notre besoin.
Il y a ensuite une phase d’optimisation qui consiste à rechercher quelles sont les fonctions chimiques de la molécule qui portent l’activité. Sur cette molécule leader, on rajoute alors des groupements chimiques et nous faisons faire des variations sur une même structure commune. Nous rajoutons des noyaux de façon à optimiser et l’on regarde les effets sur l’activité : est-ce que cela la renforce, est-ce que cela l’annule … C’est cette phase d’optimisation qui est très longue et qui prend beaucoup de temps. Tout ce processus se déroule in vitro et seulement après, on peut passer sur de l’in vivo.
Le développement commence bien plus tard, à partir du moment où il y a vraiment une molécule candidate et bien identifiée que l’on va décider de développer. Idéalement, il faudrait découvrir une molécule comme celle-ci par an mais cet objectif est certainement irréaliste !

Est-ce que l’on peut dire qu’une molécule identifiée aujourd’hui correspond à un nouveau médicament sur le marché dans 10 ans ?
Cela peut être vrai pour des molécules petits animaux. Concernant les animaux de rente, c’est toujours un peu plus long car nous devons tenir compte des limites maximales de résidus (LMR). A titre d’illustration, nous avons mis sur le marché en 2002 des produits qui comportaient 3 nouvelles molécules.

Comment « suivez-vous » votre projet après cette phase de développement ?
Les équipes du développement travaillent en relation permanente avec les affaires réglementaires. Au moment de la mise sur le marché et de la commercialisation d’un médicament, nous sommes impliqués au moins au tout début du lancement pour transmettre toute la connaissance sur la molécule. Nous pouvons également être amenés à participer au lancement d’un produit sur les aspects techniques, faire éventuellement de la formation de délégués vétérinaires ou faire des présentations scientifiques lors de congrès.
Nous suivons bien sûr les ventes de près ; c’est un peu notre bébé ! Nous nous sommes investis pendant de longues années et quand le produit arrive finalement sur le marché, nous suivons avec attention ses performances !

On parle souvent dans notre secteur de 8 à 10 % d’investissement du chiffre d’affaires en R&D ?
Oui en effet ; chez Novartis c’est effectivement un ratio très important. Il y a notamment eu de gros investissements en pharma ces dernières années. On est au delà de 14 voire 15 % en pharma. Cela représente un peu moins en santé animale : nous nous situons aux alentours de 10% ce qui est déjà très important.

Qu’est-ce qui peut vous amener à abandonner un projet ?
Nous pouvons être confrontés soit à des problèmes d’efficacité insuffisante soit à des problèmes de tolérance ou de galénique mais c’est plus rare. Nous pouvons également avoir des pharmacocinétiques qui ne correspondent pas où des temps d’attente qui se révèleraient trop long. Objectivement, il y a peu de projets qui sont arrêtés en phase de développement. Ils sont plus souvent stoppés en phase de recherche car la molécule à ce moment là ne présente pas les caractéristiques que l’on recherche.

Conclusion :
Nous travaillons vraiment dans la visée du bien être de l’animal. Nous ne faisons pas que du générique ; nous recherchons l’innovation qui pourrait apporter un réel plus par rapport à l’existant, soit sur des maladies qui sont mal contrôlées ou sur lesquelles nous contrôlons les symptômes mais pas le fond. C’est vraiment extrêmement motivant car nous avons parfois le sentiment d’être des pionniers. Le moteur de Novartis, c’est vraiment l’innovation et cela change toute la vie au quotidien. Nous nous donnons les moyens de nos ambitions ce qui est extrêmement satisfaisant.

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