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Le développement : les
témoignages des entreprises du médicament vétérinaire
Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des
responsables de départements qui vous feront découvrir la
réalité de leur métier ...
Etienne
Saunier, Vétérinaire et Olivier Denis, Pharmacien chez TVM
Comment est
organisé le département Développement chez TVM ?
Etienne Saunier : Au
sein de TVM, le développement est organisé autour de 2 personnes
: Olivier DENIS et moi-même. Olivier DENIS s’occupe de la partie
II (partie Qualité) des dossiers d'AMM. En tant que pharmacien,
il peut pleinement exercer ses compétences dans les domaines
analytique et galénique. En tant que vétérinaire, je suis plus à
même de gérer les parties III (Sécurité) et IV (efficacité) qui
concernent directement l’animal.
Développez-vous des activités de recherche ?
Etienne Saunier : Nous ne faisons pas de recherche
fondamentale. Ces domaines sont quasi exclusivement réservés
aujourd’hui aux structures multinationales qui peuvent en
amortir les coûts en commercialisant leurs produits sur
plusieurs continents. Nous travaillons soit sur des molécules
dont les brevets sont arrivés à échéance soit sur des molécules
encore brevetées et pour lesquelles nous obtenons une licence
d’exploitation sur la France. Partir de molécules qui ne sont
plus brevetées nous permet surtout pour les molécules
développées en humaine, d’obtenir beaucoup d’informations et de
recul sur leur stabilité, leur toxicité et leur efficacité ce
qui réduit les coûts de développement et les rend compatibles
avec une commercialisation uniquement sur le territoire
national.
Peut-on quand même parler d’innovation ?
Etienne Saunier : Oui bien sûr ; développer des produits
innovants fait partie de nos objectifs. L’innovation pourra être
au niveau de la galénique, de la présentation, de l’indication…
Un exemple type, la vitamine K1 comprimé TVM : Ce médicament qui
sert dans le traitement des intoxications par les anticoagulants
chez le chien n’existait pas en médecine vétérinaire. Les
confrères étaient obligés de prescrire les comprimés d’humaine
peu adaptés pour le chien car trop peu dosés. TVM a développé
une forme comprimé quadrisécable avec un dosage spécifiquement
adapté au marché vétérinaire.
Vous travaillez sur combien de molécules ?
Etienne Saunier : C’est très variable et cela dépend des
périodes. En moyenne, nous travaillons sur 3 ou 4 projets qui
sont à des stades de développement différents. Il faut en effet
savoir que nous consacrons aussi un temps considérable, 50 %
voire plus pour défendre nos produits existants. Les deux gros
« chantiers » qui nous ont pris beaucoup de temps et qui
continuent à en prendre ont été la mise en application du
règlement LMR (Limite Maximale de Résidu) et la régularisation
des dossiers pharmaceutiques (toujours en cours). Nous avons
pour principe de défendre tous nos produits pour que nos
confrères vétérinaires puissent les conserver sur le terrain.
Les moyens utilisés pour cette défense seront cependant
proportionnels à l’intérêt économique du produit. Les
investissements humains et financiers réalisés en recherche
défensive ne le sont pas dans le développement des nouveaux
projets. Lors de la mise en place de la réglementation LMR, nous
avons du déposer des dossiers au niveau européen ce que nous
n’avions pas l’habitude de faire et ce qui n’a pas été facile.
Et concernant le volet « pharmaceutique » , en quoi consiste
votre travail ?
Olivier Denis : Globalement, nous pouvons scinder en 2
parties le volet « Développement pharmaceutique », le premier
volet consiste à travailler sur les données existantes au niveau
de la partie II du dossier d’AMM. Il s’agit donc du maintien du
niveau réglementaire de la partie II pour la conserver conforme
aux exigences sans cesse renouvelées des autorités. C’est un
travail très important puisqu’il y a une évolution permanente au
niveau technique, au niveau analytique, au niveau galénique et
nous devons donc nous assurer constamment que nous sommes en
conformité avec la réglementation. L’enjeu dans cette partie II
est surtout galénique et analytique . Galénique car ce sont des
anciennes formules, des dossiers de fabrication anciens qui ne
répondent plus aux exigences des nouvelles réglementations. Nous
conduisons donc, par exemple, des travaux de reformulations et
de modifications des procédés de fabrication. C’est la même
problématique au niveau analytique, nous devons également revoir
les méthodes de contrôle pour actualiser les dossiers anciens
dont les normes sont bien différentes des normes actuelles. Le
second volet, ce sont les dossiers nouveaux. Il s’agit là de la
réalisation complète de la partie II pour de nouvelles formes ou
de nouvelles molécules. Étant une petite structure, nous sommes
obligés de sous-traiter, c’est souvent un travail de gestion de
prestataires, de spécialistes de la formulation et de la
rédaction de toute les parties pharmaceutiques.
Notre travail est d’essayer de développer de nouvelles formes
pharmaceutiques originales (par exemple des gels qui peuvent
être oraux ou oculaires), ou de nouvelles utilisations avec pour
objectif une utilisation plus facile pour le praticien et une
meilleure acceptation pour l’animal.
Comment développez-vous un projet ?
Etienne Saunier : L’idée d’un projet à développer se dessine
généralement à partir d’informations qui nous sont remontées du
terrain par notre force de vente. Par l’intermédiaire de leurs
rapports d’activité ou de contacts directs, nous sommes
constamment informés des besoins de nos clients vétérinaires.
Des idées de projet peuvent également naître au sein de la
structure d’encadrement. Mais quelque soit le projet, avant de
devenir réalité, il doit être validé de manière collégiale par
l’ensemble des services concernés : de la direction au
développement en passant par la production, le commercial et le
marketing.
Quelle est la tendance : êtes-vous plus sur « répondre aux
besoins du terrain » ou « développer des innovations dont on n’a
pas encore identifié le besoin sur le terrain » ?
Etienne Saunier : Nous répondons en priorité aux besoins
exprimés par le terrain. Si en plus, nous pouvons ajouter un
côté innovant, c’est encore mieux. Il est vrai aussi que
certains projets qui nous paraissent séduisants sur le plan du
développement doivent être abandonnés car les coûts
réglementaires d’enregistrement ne pourraient être amortis par
la commercialisation du futur produit. Nous mettons en moyenne
un produit avec AMM sur le marché tous les quatre ans, plus si
l’on comptabilise les AMM que nous rachetons et que nous
remettons à jour.
Quels avantages et inconvénients présente la taille de votre
structure ?
Etienne Saunier : L’un des avantages indéniable d’une petite
structure est d’avoir une hiérarchie très courte qui autorise
des prises de décision très rapides et donc une très grande
réactivité. Un des inconvénients majeur est que les contraintes
réglementaires pour enregistrer un médicament ont un coût fixe
minimum qui est élevé et qui est indépendant du marché du
produit concerné. Comme nous n’avons pas les moyens de nous
positionner sur les très gros marchés, nous devons nous
concentrer sur des marchés de taille plus modeste mais avec des
coûts de développement et de production qui restent importants.
Aujourd’hui, pour un laboratoire de la taille de TVM, il est
économiquement inenvisageable d’enregistrer un produit destiné
aux animaux de rente pour le seul marché français.
Quel est votre souhait aujourd’hui ?
Etienne Saunier : Que des petites structures nationales
comme TVM puissent demain continuer à développer et enregistrer
des nouveaux produits pour contribuer à l’amélioration de
l’arsenal thérapeutique vétérinaire. Nous allons actuellement
vers une mondialisation de l’économie et des entreprises. Les
grands groupes recherchent des marchés de plus en plus vastes
tout en abandonnant progressivement les marchés de petite taille
sur lesquels nous nous positionnons. Nous souhaitons également
que l’évolution de la réglementation se fasse dans le sens d’une
réelle amélioration des garanties de qualité des médicaments
tout en restant accessible aux sociétés de la taille de TVM.
Cette évolution réglementaire ne doit pas avoir pour conséquence
la disparition à terme des petits laboratoires. Disparition qui
poserait un problème de santé animale et de santé publique
puisqu’un certain nombre d’affections traitées aujourd’hui
n’auraient plus de traitement demain.
En conclusion :
Etienne Saunier : Notre travail est très enrichissant et
très varié car nous nous occupons directement de la préparation,
de la réalisation et du contrôle de toutes les étapes du
développement de nos futurs produits. Et c’est une très grande
satisfaction personnelle, lorsque nous rendons visite à un
confrère praticien, de constater qu’il utilise des produits que
nous avons conçu et développé de A à Z.
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développement"
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