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Le développement : les
témoignages des entreprises du médicament vétérinaire
Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des
responsables de départements qui vous feront découvrir la
réalité de leur métier ...
Jean-Michel
POSTAL, en charge de la recherche clinique chez Intervet,
nous apporte un éclairage sur les essais cliniques : la
démonstration de l’efficacité d’un produit en développement dans
les conditions réelles du terrain.
Quelle est votre fonction ?
Je suis tout d’abord responsable de la recherche clinique et
d’autre part, je suis vétérinaire responsable. En effet, depuis
1999 en France, nous sommes obligés de produire les médicaments
pour essais cliniques (qui ne sont donc pas encore des
médicaments commerciaux mais des médicaments en développement),
selon les Bonnes Pratiques de Fabrication. Ceci est placé sous
la responsabilité du vétérinaire responsable appelé également
responsable pharmaceutique.
Au niveau de notre centre de recherche d’Angers, nous ne
développons que des spécialités pharmaceutiques. Les vaccins
sont traités dans d’autres centres en Europe. En France, nous
introduisons en moyenne sur le marché 3 à 5 produits nouveaux
par an issus de la Recherche de nos différents centres.
En quoi consiste votre activité « Responsable de la Recherche
Clinique » ?
Il s’agit de la supervision des essais cliniques qui ont pour
but de démontrer l’efficacité et l’innocuité dans les conditions
du terrain des produits que l’on développe. Cette phase de la
recherche clinique correspond finalement aux premières armes du
nouveau produit sur le terrain dans les conditions réelles
d’emploi.
Quel est le déroulement d’un essai clinique ?
Avant de lancer un essai clinique, nous menons une première
phase d’essais pré-cliniques, in vitro et in vivo.
Nous devons ensuite faire une déclaration d’essai clinique
auprès de l’Agence Nationale du Médicament Vétérinaire (ANMV)
qui doit donner son feu vert. Une fois l’accord obtenu, nous
pouvons démarrer véritablement l’essai clinique. Nous confions
alors à des vétérinaires praticiens un produit en développement
et nous leur demandons de l’utiliser chez des animaux de leur
clientèle. Tout cela est bien entendu encadré et réglementé :
les propriétaires d’animaux doivent donner leur accord et un
protocole doit être pré-défini. Le vétérinaire « investigateur »
doit assurer un suivi clinique de ces animaux, conformément au
protocole et fournir au laboratoire promoteur de l’essai
l’ensemble des données qu’il aura recueillies. La qualité de ces
données requiert un engagement à la fois du vétérinaire et du
propriétaire dans l’essai. Bien menée, une telle étude permettra
au laboratoire de confirmer l’efficacité du produit, dans les
conditions réelles d’emploi.
En interne, au niveau des équipes, un « moniteur de l’essai »
est en charge de suivre sur le terrain le déroulement de
l’essai. C’est lui qui va présenter le protocole au vétérinaire
praticien qui participera à l’essai et avec qui il gardera le
contact tout au long de l’essai. Il s’assurera que le
vétérinaire recueille bien toutes les données conformément au
protocole. Le moniteur de l’essai est également l’interlocuteur
du vétérinaire pour évoquer et résoudre les éventuelles
difficultés qui peuvent survenir dans la mise en œuvre de
l’essai ou bien des problèmes particuliers qui n’auraient pas
été anticipés dans le protocole. Il récoltera l’ensemble des
données et les transmettra à son commanditaire au sein du
laboratoire.
Comment s’établit la collaboration avec le vétérinaire qui
fera les essais ?
Les vétérinaires sont contactés par le laboratoire promoteur
pour leur demander s’ils souhaitent participer à un essai
clinique. Le protocole leur est alors succinctement présenté
afin qu’ils puissent décider de participer ou non à l’étude. En
général, cela dépend d’abord de l’intérêt du vétérinaire
investigateur pour le domaine thérapeutique et/ou la pathologie
étudiée puis également des avantages et des contraintes liées à
l’étude. En effet, le protocole définit un certain nombre
d’examens à réaliser. Certains sont des examens que le
vétérinaire praticien, qu’il participe à un essai ou pas,
réalise de toute façon. Mais s’il participe à un essai, des
examens supplémentaires, qu’il n’aurait pas forcément fait en
dehors d’un essai, peuvent être requis pour faire la preuve de
l’efficacité du produit. Ceci permet d’offrir un meilleur suivi
clinique de l’animal mais implique que le praticien devra faire
revenir le propriétaire de l’animal plus fréquemment. Ces
examens, tout comme la consultation de l’animal, sont pris en
charge par le laboratoire promoteur de l’essai qui rémunère
directement le vétérinaire investigateur. Le propriétaire de
l’animal y trouve donc aussi un avantage. En résumé, l’intérêt à
participer à un essai clinique pour le vétérinaire et le
propriétaire repose sur le meilleur compromis entre les
avantages qu’il procure (intérêt scientifique, bénéfice d’un
nouveau traitement avant sa commercialisation, meilleur suivi
clinique, prise en charge des consultations et des examens) et
des contraintes qu’il impose (fréquence des visites, actes
supplémentaires, formalisme du recueil des informations).
Arrive-t-il parfois qu’un essai clinique démontre au
contraire, et malheureusement, la non-efficacité du produit ?
C’est très rare à ce stade. En effet, pour réaliser un essai
clinique, il faut déjà avoir apporté des preuves à la fois de
l’efficacité du produit mais également de sa tolérance. Un essai
clinique pourra éventuellement révéler un problème mineur de
tolérance (lié par exemple à une sensibilité de race, ou à une
interaction médicamenteuse), ou très rarement d’efficacité (par
exemple des problèmes de sensibilité de germes ou de parasites à
des anti infectieux ou des antiparasitaires). Dans ces cas
exceptionnels, les protocoles prévoient que l’animal sorte alors
de l’étude et bénéficie alors d’un autre traitement.
Que se passe-t-il quand l’essai clinique est terminé ?
Les essais cliniques font partie de la partie IV du dossier
d’autorisation de mise sur le marché et même s’il arrive
parfois que l’on nous demande des données complémentaires en
terme de stabilité des produits par exemple, j’ai coutume de
dire qu’ils constituent la phase terminale du développement. En
effet, quand on en est au stade des essais cliniques sur le
terrain, cela signifie que l’on dispose déjà de la formulation
finale du produit : tout le travail de galénique aura été fait,
on dispose de tous les éléments liés à la pharmacocinétique et à
la tolérance du produit dans l’espèce considérée. Chez les
animaux de rente, des temps d’attente, même s’ils ne sont pas
encore définitifs, ont déjà été établis. Donc une fois que les
essais cliniques sont terminés et que l’on dispose du rapport de
l’expert clinicien, l’ensemble du dossier est quasiment prêt. Le
dépôt du dossier d’enregistrement est l’étape suivante.
Il peut arriver que l’on réalise des essais plus en amont au
cours du développement. C’est le cas si on a besoin
d’informations du « terrain » pour faire des choix de
formulation, on réalisera des essais relativement précoces sur
la facilité d’administration par exemple.
L’approche est-elle la même en rurale et en canine ?
Le fonctionnement d’un essai clinique est le même, que l’on soit
en rurale ou en canine. Bien entendu, dans le cadre de
médicaments destinés aux animaux de rente, il faut avoir obtenu
au préalable de l’ANMV la validation d’un temps d’attente. On
l’appelle temps d’attente de sécurité qui par définition sera
plus long que celui qui sera inscrit dans le futur dossier d’AMM.
Le vétérinaire et l’éleveur qui participeront à cet essai
clinique devront respecter ce temps d’attente, spécifique à
l’essai.
Quelles sont les exigences réglementaires liées aux essais
cliniques ?
Les essais cliniques, comme l’ensemble de nos activités, sont
très encadrés par la réglementation. Nous avons l’obligation de
déclarer les essais à l’Agence Nationale du Médicament
Vétérinaire (ANMV) et aux Directions des Services Vétérinaires (DSV).
Il faut savoir également que les essais cliniques sont soumis
aux Bonnes Pratiques Cliniques (BPC) qui sont l’équivalent des
Bonnes Pratiques de Laboratoire (BPL). Les BPC impliquent un
ensemble de procédures qui doivent être respectées pour la bonne
conduite de l’essai.
Et concernant les fabrications des produits pour essais ?
Bien qu’il ne s’agisse encore que de produits « prototypes »,
ils doivent être fabriqués selon les Bonnes Pratiques de
Fabrication (BPF). Ces BPF proviennent d’une ligne directrice
européenne reprise en droit français qui édicte les règles à
suivre quant à la manière de fabriquer et de contrôler les
produits. Cela concerne donc non seulement les produits qui vont
être commercialisés mais également les produits fabriqués pour
les essais cliniques (il y a dans ce cas de légères
adaptations). L’objectif visé ici est d’assurer que le produit
utilisé lors de l’essai clinique est similaire au produit final.
Le niveau d’exigence est le même que pour la fabrication de
médicaments destinés à l’homme.
Combien de temps dure un essai clinique en moyenne ?
Tout dépend bien sûr de la pathologie visée et de la durée du
traitement, mais on peut dire en moyenne qu’un essai clinique
dure entre un et deux ans. Il s’agit bien entendu d’un ordre de
grandeur qui est fonction de la spécialité à l’étude.
Réalisez-vous beaucoup d’essais cliniques ?
En fonction des laboratoires et du type d’essai, le nombre
varie. On peut parler de 20 à 50 essais cliniques menés plus ou
moins en même temps. Selon l’espèce animale considérée, on
estime à quelques centaines le nombre d’animaux qui
« participent » à l’essai clinique.
Quelles sont vos responsabilités en tant que vétérinaire
responsable :
Le vétérinaire responsable doit garantir la qualité des produits
qui seront utilisés, en l’occurrence ici, pour les essais
cliniques. On est loin de jouer aux apprentis sorciers !
Conclusion :
Notre objectif, grâce à la mise au point de nouveaux
médicaments, est l’amélioration de l’état de santé des animaux.
Le bien être de l’animal en fait partie intégrante. Cet objectif
est également au cœur de nos activités d’essais cliniques : nous
avons en effet à ce stade toutes les garanties que notre produit
a déjà apporté un certain nombre de réponses en terme
d’efficacité et de tolérance.
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développement"
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