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L'enregistrement : les
témoignages des entreprises du médicament vétérinaire
Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des
responsables de départements qui vous feront découvrir la
réalité de leur métier ...
Jean Regis,
Directeur des affaires réglementaires de Virbac
Quelle est votre fonction ?
Je suis le directeur
des affaires réglementaires de Virbac. Il faut savoir qu’à la
différence d’autres firmes, les affaires réglementaires de
Virbac sont centralisées au siège social à Carros. Ce qui
signifie que les services recherche, développement et affaires
réglementaires sont tous localisés ici, au siège. Le département
des affaires réglementaires recueille les dossiers qui émanent
des services R&D, les met en forme selon les législations des
différents pays et les expédie aux différentes agences. Nous
suivons l’instruction de ces dossiers jusqu’à l’obtention de
l’Autorisation de Mise sur le Marché. La dernière étape où nous
intervenons est le lancement du produit ; nous y participons
activement puisque nous devons fournir à tous les maillons de la
chaîne toutes les informations réglementaires liées au produit.
Il s’agit par exemple de la formule de fabrication pour les
services de production, les méthodes d’analyse à utiliser pour
le département contrôle qualité, les textes qui ont été
approuvés dans le dossier d’AMM pour le service packaging … etc.
Nous sommes en permanence en contact avec toutes les agences en
Europe ; c’est l’essentiel de mon métier ! Nous visitons très
régulièrement les agences des différents pays soit en préalable
à un dépôt, soit pendant l’instruction d’un dossier pour se
pencher sur les points de blocage. Au sein de mon équipe, chacun
est responsable de A jusqu’à Z de son dossier. De A c'est-à-dire
dès lors que la personne reçoit le dossier venant du
développement et Z c’est le moment où le produit est sur le
marché. Mes collaborateurs gèrent également la relation au
quotidien avec les agences, soit par contacts téléphoniques,
soit en allant les visiter. Il y a des agences avec qui le
courant passe mieux mais de toute façon, nous sommes obligés de
travailler avec toutes !
Cela
représente combien de personnes
aux affaires réglementaires ?
Nous sommes 17
personnes. La plus grosse partie de l’équipe se consacre à la
zone Europe, c'est-à-dire à l’Union Européenne des « 25 » telle
qu’on la connaît maintenant. Nous pilotons depuis le siège ici à
Carros la préparation des dossiers avec traduction en
différentes langues (nous maîtrisons le français, l’anglais,
l’allemand, l’italien, l’espagnol, le portugais et le
néerlandais soit les 7 principales langues européennes et nous
sous-traitons les autres langues). Nous expédions ces dossiers
dans les différentes agences lors d’une reconnaissance mutuelle
par exemple ou d’une procédure centralisée. Nous suivons
l’instruction des dossiers en direct depuis notre siège jusqu’au
stade final qui est l’obtention de l’AMM dans les différents
états membres.
Une autre partie de l’équipe se consacre au « hors Europe ».
Notre implication dans ce cas est moindre car nous récupérons
les dossiers issus de la R&D et nous les adressons à nos
correspondants tels Virbac Etats-Unis, Virbac Australie, Virbac
Japon, Virbac Afrique du Sud … etc qui disposent de bureaux
« Affaires Réglementaires » régionaux. Ce sont eux qui mettent
les dossiers en forme selon les législations nationales, dans
leur propre langue.
Il existe trois types de procédure
différents pour enregistrer un médicament. Qu’est-ce qui guide
le choix de telle ou telle procédure ?
La première possibilité que l’on a pour enregistrer un
médicament est la procédure « nationale » qui permet d'obtenir
une autorisation de mise sur le marché (AMM) valable pour un
seul Etat Membre. Nous ne la choisissons que très peu puisque
nous ne pouvons plus nous permettre de développer des dossiers
pour un seul état membre. Tous les autres dossiers issus de
recherche et développement sont traités soit en procédure
« centralisée », qui permet d'obtenir une seule AMM valable dans
tous les États Membres de l'Union Européenne, soit en procédure
de « reconnaissance mutuelle » qui permet d'obtenir des AMM
identiques dans plusieurs États Membres à partir d'une première
AMM.
Le choix est simple puisque qu’il est indiqué dans le nouveau
règlement Européen 726/2004 du 31 mars 2004 que la procédure
« centralisée » est obligatoire pour tous les produits issus de
la biotechnologie, les recombinants et optionnelle pour les
nouvelles entités chimiques. Dans tous les autres cas et ce pour
80 % de nos produits, nous optons pour la procédure de
« reconnaissance mutuelle ». Nous avons toutefois des projets de
recherche sur des molécules innovantes où l’on sait déjà que
l’on devra choisir un enregistrement en procédure
« centralisée ».
Combien de temps faut-il pour
élaborer un dossier de demande d’autorisation de mise sur le
marché d’un médicament ?
Il n’est pas évident de
quantifier précisément ce travail car cela dépend de la
complexité du dossier, L’ensemble des études qui sont décrites
dans les directives et que nous devons obligatoirement faire
pour pouvoir monter le dossier représente de un à quatre ans
selon le produit. Notre particularité chez Virbac réside dans le
fait que les services développement préparent eux-mêmes les
différentes parties (partie qualité, partie sécurité et partie
efficacité) et remettent au service des affaires réglementaires
des dossiers complets. Ensuite, le temps de rédaction est tout à
fait infime par rapport à celui pris par les études qui peut
être très long (plusieurs années parfois) ! Nous nous donnons un
délai d’environ un mois pour compléter le dossier en réalisant
la partie I c'est-à-dire le volet administratif : les
formulaires, les paiements … et puis surtout le Résumé des
Caractéristiques du Produit (RCP), la déclinaison en étiquetage
(projet d’étiquette, projet de notice et projet d’étui), le
volet expertise ainsi que la traduction de ces éléments dans les
différents langues selon les pays dans lesquels le dossiers sera
envoyé.
Nous entreprenons alors une grande campagne de photocopies !!
Imaginez qu’un dossier représente en moyenne à peu près 50
volumes de 300 pages chacun donc environ 15 000 pages et qu’il
faut multiplier le nombre de pages par le nombre d’exemplaires
nécessaires selon le nombre de pays ciblés. A titre anecdotique,
nous avons envoyé l’année dernière 2,2 tonnes de papier pour une
seule procédure de reconnaissance mutuelle !!!
Pourquoi le support informatique
n’est-il pas utilisé ?
Nous utilisons des
supports informatiques en interne pour le stockage mais ils ne
sont pas encore utilisés vis-à-vis des agences. Cela existe en
humaine, mais en vétérinaire, L’Industrie n’est pas encore
prête à le faire. Pour faire des copies électroniques, c’est
très simple mais il faut pouvoir s’équiper en matériels adéquats
qui sont des applications et des logiciels très coûteux. On sait
par ailleurs que les supports informatiques tels que les CD-Rom
n’ont pas une longévité extraordinaire ; nous n’avons pas
beaucoup de recul au-delà de 10 ans alors que les versions
papier seront toujours lisibles. Le point majeur est que, si
certaines agences comme la France ou l’Angleterre sont peut-être
prêtes à recevoir des dossiers électroniques, les autres
agences que j’ai visitées ne le sont pas.
L’enregistrement en vétérinaire
est-il différent de celui en humaine ?
J’aurais tendance à
dire que l’enregistrement d’un médicament vétérinaire est plus
long que pour un médicament humain. La pression réglementaire
sur le vétérinaire est maintenant presque plus forte qu’en
humaine ne serait-ce qu’à cause des résidus et du nouveau volet
relatif à l’écotoxicité. Les dossiers sont donc plus difficiles
à monter et plus coûteux.
Quelle est votre contribution au
bien-être de l’animal ?
Mettre au point des
nouveaux médicaments vétérinaires et les faire enregistrer
auprès des agences pour pouvoir ensuite les mettre à la
disposition des vétérinaires et des pharmaciens, c’est déjà
œuvrer pour le bien-être de l’animal. Notre préoccupation
quotidienne est de faire en sorte que nos produits obtiennent
une AMM le plus rapidement possible, pour qu’ils soient
disponibles auprès des vétérinaires et des propriétaires
d’animaux.
Quel message délivrer en
conclusion ?
Les vétérinaires, s’ils
ont une petite idée de ce que sont la recherche et le
développement, ne se rendent pas vraiment compte de ce qu’est
l’enregistrement, ni de ce que cela représente en terme de temps
et en terme de contraintes réglementaires. C’est un vrai métier
qui ne s’apprend pas forcément dans les écoles mais plutôt sur
le terrain. Nous devons même avoir une sensibilité commerciale
et être d’habiles négociateurs pour « vendre » non pas les
produits mais les dossiers aux Agences !
Les affaires réglementaires sont souvent perçues comme un
travail assez fastidieux mais en réalité c’est un métier tout à
fait passionnant ! J’ai personnellement beaucoup de plaisir à
l’exercer ! C’est une négociation permanente. Il faut construire
de vraies stratégies d’enregistrement, avec différentes
tactiques.
L’augmentation constante de la pression des contraintes
réglementaires que nous subissons est toutefois un des aspects
plus « frustrant » de notre métier surtout lorsque l’on sait que
cela ne risque pas de s’arranger. Les conséquences seront que
nous enregistrerons malheureusement moins de produits à
l’avenir !
Mais quand on réussit à convaincre une agence, c’est extrêmement
motivant ! De plus, nous sommes les « porteurs de bonnes
nouvelles » dans l’entreprise car nous sommes les premiers
informés de l’obtention de telle AMM dans tel pays et il nous
appartient de l’annoncer non seulement à la direction générale
mais aussi à rebours aux équipes de développement et aux équipes
de recherche qui ont travaillé pendant des années sur le projet.
C’est donc très satisfaisant et motivant !
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