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La qualité : les
témoignages des entreprises du médicament vétérinaire
Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des
responsables de départements qui vous feront découvrir la
réalité de leur métier ...
Madame
Geneviève Phan,
Responsable Qualité chez Ceva
Pourriez-vous me décrire
votre fonction/vos activités ?
Concernant le volet
vétérinaire (puisque j’occupe différentes fonctions, tant en
pharmacie humaine que vétérinaire) j’exerce un rôle de
responsable qualité.
Mes fonctions basiques tournent autour de quatre aspects :
- l’aspect réglementaire ;
- l’assurance qualité ;
- le contrôle qualité ;
- la réalisation d’expertises particulières, par exemple en
matière de biologie ou de vaccins.
En matière réglementaire, il m’appartient d’exercer une
fonction de veille du droit pharmaceutique et des directives
européennes susceptibles d’être ensuite appliquées sur nos
sites. Je suis également en charge de l’étude des projets de
textes que nous envoient les différentes autorités.
Par ailleurs, je suis chargée de représenter CEVA auprès de
différentes inspections. C’est à ce titre que je participe à
la commission inspection du SIMV et parfois à l’IFAH.
Dans le cadre de ma fonction d’assurance qualité, mes
activités sont essentiellement axées sur le support aux
différents sites industriels de CEVA (deux sont situés en
France, trois dans le Maghreb, un en Hongrie et deux en
Italie).
J’agis à la fois en tant que fonction centrale de « Good
Manufacturing Practices » et conseil support aux sites
industriels de CEVA, je participe au plan directeur
industriel et j’accomplis des missions d’audit de
sous-traitants. Par exemple, si l’Allemagne devait prendre
la décision de sous‑traiter un produit, c’est à moi qu’il
appartiendrait de réaliser un audit du sous-traitant
identifié.
Dans le cadre de ma fonction d’assurance qualité, je me dois
de préciser que mon rôle de fonction centrale/support à nos
sites est davantage appuyé sur les sites français que sur
les sites étrangers. Ainsi, il m’appartient de participer
aux inspections réalisées par les autorités de tutelles
françaises ou étrangères, ou aux audits effectués par des
clients.
Vous êtes donc confrontée à des exigences réglementaires qui
peuvent varier selon les pays ?
En effet, il faut savoir que les pays dans lesquels nous
souhaitons enregistrer des dossiers réagissent de manière
différente à nos demandes. En France, l’examen des dossiers
d’enregistrement pour obtenir une AMM est indépendant de
l’inspection des sites industriels. A contrario, en Arabie
Saoudite, les autorités n’acceptent l’enregistrement des
dossiers que si elles ont pu inspecter les sites de
fabrication des produits concernés. Cette réglementation est
très exigeante. Certains pays sont maximalistes, alors même
qu’ils n’ont pas de réelles raisons de l’être. Les pays
européens n’entrent pas dans cette catégorie. Il existe une
reconnaissance mutuelle des Inspections en Europe.
Au niveau des sites français, je m’occupe des états des
lieux et des dossiers de modification de locaux, autant de
domaines qui n’entrent pas dans le cadre du quotidien de
l’assurance qualité. Les ouvertures d’établissements et le
suivi des modifications apportées font partie intégrante de
mon champ de compétences.
La sous-traitance occupe une grande partie de mon activité.
Cette fonction concerne aussi bien les audits des
sous-traitants que les contrats ou les cahiers des charges
qui nous lient à eux. La gestion de ces relations, parce
qu’elle se double d’une activité de façonnage réalisée par
CEVA pour des clients, requiert un travail relativement
lourd. Nous faisons sous-traiter des produits parce que nous
avons fait le choix de spécifier nos sites industriels.
Voilà pourquoi à Libourne, nous ne fabriquons que des
produits injectables. En revanche, nous n’y produisons plus
de produits pâteux, pas plus d’ailleurs que nous n’en
produisons à Loudéac. Ce choix stratégique a été mûrement
réfléchi. Il explique que nous recourions à des
sous-traitants.
Enfin, je supervise l’ensemble du contrôle qualité des sites
de Libourne et de Loudéac. Le laboratoire de contrôle
regroupe 23 collaborateurs basés à Libourne et 6 basés à
Loudéac.
Les contrôles de la qualité des médicaments vétérinaires
sont-ils identiques aux contrôles de la qualité des
médicaments humains ?
Notre site de Libourne regroupe deux établissements
pharmaceutiques, l’un centré sur l’humain et l’autre sur
l’activité vétérinaire. Or, il n’est pas possible d’avoir
deux laboratoires de contrôle. De fait, c’est bien le même
laboratoire qui travaille pour les deux établissements. Pour
cela, il suit les mêmes règles, applique les monographies de
la pharmacopée européenne de manière identique et suit les
dossiers enregistrés d’une manière similaire. Il n’existe
absolument aucune différence. Il me semble même que nous
avons un degré d’exigence plus élevé que la moyenne.
Comment l’expliquez-vous ?
Sur le site de Libourne, nous fabriquons des produits
injectables spécifiquement vétérinaires. Parce que soigner
une vache nécessite bien plus de produits actifs que soigner
un homme, ces produits sont plus souvent des suspensions que
des solutions. En pharmacie humaine, la concentration en
composants actifs dans un produit injectable est
relativement faible. En revanche, ces composants
représentent parfois jusqu’à 40 % dans un produit
vétérinaire. De fait, la fabrication de 2 000 litres de
suspension nécessite la mise en œuvre de 800 kilos de
principe actif, donc l’achat de 800 kilos de matières
premières stériles. Ces 800 kilos équivalant à environ
60 contenants, le contrôle à réception des composants
nécessite un travail extrêmement important.
Cette démonstration prouve combien la mise en œuvre des
composants est lourde en pharmacie vétérinaire. Il s’agit de
l’une des particularités de cette activité.
Que pouvez-vous nous dire quant au nombre de contrôles que
vous effectuez ?
Pour ce qui concerne le contrôle des matières premières,
la situation est très particulière en France. En effet, dans
les autres pays européens, le bulletin du fournisseur et
quelques tests - identification, humidité, dosage –
suffisent le plus souvent. Cette pratique n’étant pas admise
en France, la procédure à suivre est beaucoup plus lourde.
Il convient d’effectuer tous les tests de la pharmacopée.
Concernant les produits chimiques, nous sommes tenus
d’effectuer tout ce qui figure dans le dossier
d’enregistrement. De ce fait, nous inscrivons, sur nos
bulletins d’analyse, que nous avons fabriqué nos produits
selon les BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication) et en
respectant le dossier en vigueur. En agissant de la sorte,
nous nous engageons aussi bien sur la fabrication que sur le
contrôle final du médicament.
Que sont les BPF ?
Les BPF - Bonnes Pratiques de Fabrication - figurent
dans un guide, issu des directives européennes et dupliqué
au niveau national. Ce guide comprend neuf chapitres
généraux concernant les locaux, le matériel, le personnel,
les documents, la production, le contrôle et les
réclamations. A quelques rares exceptions près, ces
chapitres sont identiques pour les deux activités, humaine
ou vétérinaire.
Par ailleurs, certaines directives particulières ont trait
aux différents produits fabriqués. Ainsi par exemple, il
existe des directives particulières pour les produits
injectables, l’échantillonnage des matières premières ou les
produits vétérinaires immunologiques. Au final, sept
directives particulières figurent actuellement dans le guide
des BPF vétérinaires français (1998). Ces directives sont au
nombre de dix-huit au niveau européen et bientôt dix-neuf...
Le guide des BPF indique des directions à suivre, à charge
pour les entreprises de les adapter sur leurs sites
pharmaceutiques industriels de la manière dont elles
l’entendent. Les pratiques qui figurent dans ce guide ne
sont pas tant axées sur les contrôles des produits finis que
sur les bases à respecter en matière de qualité tout au long
de la production. Les BPF sont les bases de l’Assurance
Qualité. Au‑delà des sites industriels, ce système qualité
doit s’étendre en amont - chez les fournisseurs - ou en aval
- chez les sous-traitants et dans les transports.
Finalement, il est permis d’écrire que les BPF sont la base
du métier pharmaceutique.
Disposez-vous de chiffres‑clés susceptibles de mettre en
valeur l’importance des contrôles auxquels vous procédez ?
Concernant nos deux sites industriels de Libourne et de
Loudéac, nous possédons environ 600 références Matières
Premières. Afin que vous possédiez un ordre d’idée quant à
l’activité du laboratoire de contrôle, sachez qu’entre 150
et 200 lots de matières premières sont contrôlées par mois.
Pour ce qui concerne les produits finis, nous contrôlons
environ 250 lots par mois.
Quel message auriez-vous envie de délivrer aux vétérinaires,
utilisateurs de vos produits ?
Il me semble important d’assurer les utilisateurs. Ils
doivent avoir confiance dans les produits qu’ils utilisent.
Ces produits sont extrêmement bien contrôlés, que ce soit au
cours de leur fabrication ou lors du stade final. Ces
produits sont fabriqués dans des établissements inspectés
tous les deux ans par les autorités de tutelle françaises,
en ce qui concerne les BPF.
Au-delà des contrôles évoqués, j’aimerais insister sur le
niveau de qualité des sites pharmaceutiques industriels. Le
fait de posséder des installations et des équipements qui se
situent au niveau de qualité voulue, demande beaucoup de
suivi et d’investissements aux industriels.
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