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La recherche : les témoignages des entreprises du médicament vétérinaire


Le SIMV a interviewé parmi ses adhérents des responsables de départements qui vous feront découvrir la réalité de leur métier ...
 

Jean-Christophe AUDONNET,
Responsable de la Recherche Exploratoire chez Merial

Quelle fonction occupez-vous chez Merial :
J’appartiens à la Direction Recherche et Développement. Je suis actuellement directeur, responsable de ce que l’on appelle la Recherche Exploratoire au sein du laboratoire Merial de Lyon Gerland. Cette direction « Recherche Exploratoire » comprend aujourd’hui deux grands secteurs : un département des plates-formes technologiques (Génie Génétique / Biologie Moléculaire et Immunologie vétérinaire appliquée) et un département spécialisé dans la recherche en virologie.
J’ai personnellement une deuxième casquette depuis 9 ans : je suis Président du Comité d’Éthique de Merial France. Cet organe conseille Merial en matière de bien-être des animaux.

Quel a été votre parcours jusqu’à présent ?
J’ai commencé à exercer en tant que vétérinaire praticien, ce qui était ma première motivation. J’ai donc travaillé en clientèle canine mais surtout en rurale. Au bout de deux ans, j’ai eu envie de me remettre dans le circuit universitaire. J’avais découvert la recherche appliquée dans les vaccins dans le cadre de ma thèse vétérinaire et c’est ce qui a motivé ma volonté de reprendre les études : maîtrise de biologie moléculaire à la faculté des sciences, immunologie en faculté de médecine, virologie générale à l’Institut Pasteur puis j’ai fait une thèse de doctorat en biologie moléculaire. J’ai été par la suite embauché par Rhône Mérieux aux Etats-Unis pendant trois ans. J’ai donc ensuite enchaîné dans le circuit R&D Industrie.
Quand des jeunes viennent me voir pour avoir des conseils sur leur parcours, je ne leur conseille pas le mien ! Il faut vraiment que ce soit une motivation personnelle car cela représente dix à douze ans d’étude ! C’est un parcours certes très riche mais je ne suis rentré sur le marché du travail qu’à 32 ans. J’ai ensuite eu la chance d’avoir des opportunités intéressantes qui m’ont permis d’occuper ma fonction actuelle.
Ce parcours peut être intéressant dans la mesure où quand je travaille sur un produit, je connais tous les éléments de A à Z. Les conditions d’application, les maladies sur lesquelles nous travaillons et que j’ai eu l’occasion de soigner et puis le résultat d’un vaccin qui peut être de très haute technologie. Il est intéressant de pouvoir embrasser l’ensemble des aspects scientifiques, techniques et économiques sur une petite discipline. C’est de plus en plus rare aujourd’hui, car les jeunes enchaînent directement sur des doctorats d’université ou au sein des écoles et ne passent donc plus par une phase de pratique en clientèle.

Comment travaillez-vous ?
Nous sommes organisés avec des équipes de taille humaine (la taille de Merial le permet), mais à haute valeur ajoutée avec des techniciens qui sont tous experts dans leur discipline. Merial est aujourd’hui le leader mondial en terme de vaccins vétérinaires et nous concentrons nos efforts pour le rester. Il faut donc être efficace, performant et ne pas hésiter à innover en prenant des initiatives.
Nous travaillons sur des thèmes qui sont définis par l’ensemble du management R&D et par ce que nous appelons les « entreprises Merial » qui sont en fait les utilisateurs (nous avons chez Merial deux entreprises principales : l’une dédiée aux animaux de production et l’autre aux animaux de compagnie). Notre activité de recherche exploratoire est au service de ces deux branches, mais aussi, ponctuellement, au service des besoins exprimés par les secteurs du Développement, de la Production ou encore du Contrôle Qualité.
Comme nous sommes dans le domaine de la recherche exploratoire, nous nous situons très loin en amont du produit final. Nous savons que ce sur quoi nous travaillons ne verra en général le jour que 8 à 10 ans plus tard sous la forme d’un produit (vaccin ou médicament) commercial.  Nous proposons également des technologies susceptibles de s’appliquer demain dans tel ou tel domaine.

Quel est le point de départ d’un projet ? Comment est-il identifié ?
Deux hypothèses existent :
- soit il faut répondre à un besoin existant identifié sur le terrain par les délégués de la force de vente. Disposer d’un vaccin ou d’une solution biologique pour telle maladie est alors notre axe de recherche.
- soit, à l’inverse, nous détectons de nouvelles technologies pour lesquelles nous pressentons une utilisation potentielle avec des cibles commerciales sur le terrain. Être davantage visionnaire, est un de nos fondements.  Le défi est de défendre l’intérêt de ces projets qui  aboutissant plusieurs années après.

Une fois que l’on a déterminé si l’on peut faire un vaccin avec telle cible ou tel antigène (étape dite de « faisabilité du concept »), le projet passe en phase de développement. Ce sont nos collègues du Bio-développement qui réalisent les étapes suivantes jusqu’à l’enregistrement, puis le lancement. Dès que l’on a fini notre travail de faisabilité sur un projet donné, on se met à travailler sur de nouveaux sujets. On est tenu au courant des lancements auxquels nous sommes en général invités et cela fait plaisir !

Comment calcule-t-on la part de risque pour lancer ou non un projet ?
Cela dépend des entreprises, mais chez Merial, nous avons un système interne d’évaluation des risques à tous les niveaux. Pour la Recherche, on sait que l’on s’engage sur des projets forcément à risque. En pratique, on est satisfait si deux sur 10 aboutissent ! Le risque est important, on essaie de le réduire, mais un taux de perte inhérent à notre activité est inévitable. Les débats pour arrêter le projet ou poursuivre encore un peu les recherches sont toujours des moments intéressants !
En revanche, quand on rentre dans la période de développement, le risque doit être réduit. Il y a encore une part de déchets mais des outils permettent de comparer les projets entre eux à même niveau d’avancement et à même niveau de risque. Nous utilisons des outils de calcul de valeur des projets et cela nous permet d’établir des priorités vis-à-vis des projets.
Mais ce ne sont que des outils et pour les manipuler, il faut une bonne expérience.

L’industrie est parfois accusée de ne pas investir sur des pathologies orphelines :
Resituons le débat sur le contexte des coûts de développement ! Il faut savoir que le coût d’un développement est le même quelle que soit la taille du marché. Notre marché est très structuré et nous n’avons pas de « mini-dossiers » ou de « gros dossiers ».
Le coût du développement va dépendre des espèces. Tout ce qui est aviaire par exemple est moins coûteux à développer qu’un vaccin pour le cheval, le porc, le chien ou le chat. En revanche, un produit « pharma » à cause des notions de résidus, d’études de pharmacocinétique et autres, va être quasiment équivalent en terme de coût quelle que soit l’espèce. Le coût peut varier entre 1 et 10 millions de dollars pour un vaccin par exemple mais cela reste très difficile à évaluer ; c’est beaucoup plus en pharma on évoque parfois l’échelle de 20 à 80 millions de dollars. En pharmacie humaine, on parle actuellement de budgets de 500 millions à un milliard de dollars pour le développement d’une nouvelle molécule !

Les médicaments vétérinaires, des médicaments spécifiques ?
Il faut savoir que les exigences sont aujourd’hui largement confondues avec celles des médicaments humains.
Les médicaments vétérinaires ne sont pas des sous-produits de la recherche en santé humaine ; ce sont des produits à part entière. On pourrait même voir l’inverse, c’est-à-dire développer des médicaments en vétérinaire et les étendre à la santé humaine !
Nous sommes même parfois soumis à des exigences supérieures à ce qui est demandé pour les médicaments humains, par exemple dans le domaine des résidus des médicaments chez l’animal ou dans l’environnement.

Ce que vous avez envie de dire en conclusion :
Nous faisons une recherche de haut niveau, nos équipes de recherche, de développement et de projets s’investissent pleinement dans leurs missions et objectifs, et nos produits intègrent toujours plus de travail et d’études. Ceci représente en fin de compte des progrès réels permanents (en termes d’efficacité, de qualité, et d’innocuité) pour les animaux et leurs propriétaires.

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