Antibiorésistance : l’usage des antibiotiques en santé animale sous surveillance

Depuis 2007, le recours aux antibiotiques a chuté en France de près de 70 % en santé animale, tandis que leur utilisation en médecine humaine ne faiblit pas, ce qui pourrait démotiver la profession vétérinaire dans ses efforts dans la lutte contre l’antibiorésistance.

Plusieurs instances surveillent le suivi des résistances dans le domaine vétérinaire.

 

En janvier prochain, une nouvelle réglementation européenne sur les médicaments vétérinaires devrait encore davantage encadrer l’usage des antibiotiques inspirée du modèle français.

L’objectif de ce nouveau règlement est de garantir le plus haut niveau de protection de la santé publique animale et de l’environnement. L’antibiorésistance en ressort comme le sujet majeur, ce qui est un point positif en soi.

 

De nouvelles dispositions seront mises en place, visant à limiter au mieux le recours aux antimicrobiens pour les soins aux animaux, sans nuire à leur santé ou à leur bien-être. Cette stratégie est notamment fondée sur l’innovation et la disponibilité des médicaments vétérinaires pour un large spectre d’espèces animales dans l’Union européenne.

 

Comme le rappelle Roxane Feller, secrétaire générale d’Animal Health Europe, cela passera nécessairement par :

 

Pour rappel, les antibiotiques ne peuvent être délivrés que sur ordonnance, dans toute l’Union européenne. Dorénavant, ils ne pourront être prescrits que pour un usage thérapeutique et non prophylactique (c’est-à-dire préventif), sauf dans des cas stricts de métaphylaxie ou individuellement pour un animal, après un diagnostic et une évaluation précise du risque d’aggravation par un vétérinaire.

Les antibiotiques ne sont donc pas utilisés à mauvais escient, mais bien interdits en Europe pour stimuler la croissance (connus sous le terme de promoteurs de croissance) des animaux ou compenser des conditions inadaptées d’hygiène en élevage. Cette interdiction n’est pas nouvelle puisqu’elle date de 2006 !

En outre, dans le cadre des négociations actuels relatives au principe de réciprocité (clauses miroirs), le gouvernement souhaite inscrire ces interdictions aux denrées importées.

 

Surveillance et suivi des antibiotiques

En France, depuis 1999, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) +ANMV a pris l’initiative de recueillir les données de vente des antibiotiques, en collaboration avec le SIMV.

Le Réseau d’épidémiosurveillance de l’antibiorésistance des bactéries pathogènes animales (Résapath), rattaché à l’Anses, est chargé depuis 1982 de suivre l’évolution de ces résistances. Il est le seul réseau vétérinaire membre de l’Observatoire national de l’épidémiologie de la résistance bactérienne aux antibiotiques (Onerba). En outre, l’Anses a engagé un état des lieux pour examiner les solutions alternatives aux antibiotiques en santé animale.

 

Par ailleurs, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) s’est engagée dès 2015 dans la lutte contre l’antibiorésistance à l’échelle planétaire, aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec une approche “Une seule santé”. L’OIE a ainsi adapté son système mondial d’information sanitaire (Wahis) pour en faire un outil de surveillance de la circulation et de l’utilisation des antibiotiques. Il est soutenu par un plan d’action mondial de l’OMS.

L’OIE travaille ainsi depuis 15 ans pour mieux contrôler la production, l’enregistrement, l’importation et la distribution des antimicrobiens et adapter les législations. Mais cela nécessite des contrôles pour les faire respecter : « Le rôle des vétérinaires est fondamental pour contrôler l’usage des antibiotiques au niveau des fermes, et pour éviter qu’ils ne soient utilisés par des personnes non formées à cet effet. La garantie de disposer de vétérinaires bien formés et conscients du poids de l’éthique à respecter repose sur des Ordres Vétérinaires conformes aux normes de l’OIE. C’est à ce prix que les antibiotiques, bien public mondial, indispensables à la santé animale, au bien-être animal, et à la sécurité de l’approvisionnement alimentaire pourront être durablement mis au service de tous. »

 

Tous ces dispositifs ont permis de prouver l’efficacité des efforts consentis, notamment en Europe, comme le souligne le 10e rapport de l’Esvac paru en 2020. Les antibiotiques demeurent une solution incontournable pour maintenir la santé et le bien-être des animaux, qu’ils soient de rente ou de compagnie. Ils contribuent également à assurer un niveau élevé de sécurité sanitaire des aliments.

Le SIMV est membre de