La métaphylaxie, une prévention efficace contre l’antibiorésistance

La métaphylaxie, selon la définition de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), consiste à traiter « les animaux cliniquement malades et les autres animaux d’un même groupe qui sont encore cliniquement sains, mais avec une forte probabilité d’être infectés à cause du contact étroit avec les animaux malades ».

 

Cette démarche chez l’animal prend tout son sens en ces temps de pandémie humaine. Comment en effet ne pas faire le parallèle avec un malade de la Covid-19 et les personnes entrées en contact avec lui. En élevage, il est parfois difficile d’opter pour une stratégie de mise en quarantaine. Un traitement préventif devient alors nécessaire, justement pour éviter ces fameux cas contacts. Un traitement métaphylactique se mène donc sur deux fronts : il est curatif pour les animaux qui présentent des signes cliniques, et préventif pour ceux cliniquement sains mais qui font partie du même lot.

 

Dans ce cadre, le rôle du vétérinaire apparaît primordial : il lui faut notamment évaluer la prévalence de l’infection au sein du troupeau, estimer les seuils d’alerte, les animaux à cibler, les traitements les plus adéquats avec leurs posologies et leurs voies d’administration. Plusieurs solutions se présentent à lui : antibiothérapie, vaccination, etc. Car c’est bien au vétérinaire qu’il revient de prendre ce type de décision. Et plus les outils diagnostiques disponibles sont rapides et efficaces, plus sa décision thérapeutique prendra en compte l’environnement infectieux.

 

En matière de métaphylaxie, le danger infectieux est au cœur de la stratégie, car il faut faire face au développement quasi certain de la maladie dans le lot atteint, qui plus est à court terme. Aussi, le recours à l’antibiothérapie, par exemple, même chez les animaux asymptomatiques, n’entraîne pas une surconsommation d’antibiotiques. Bien au contraire, il s’agit d’apporter une réponse adaptée et suffisante pour que la maladie ne se propage pas au sein du troupeau et n’aboutisse pas, à terme, à l’utilisation non raisonnée de molécules tout aussi indispensables à la santé animale qu’à la santé humaine.

 

Par ailleurs, la vaccination reste aussi une solution efficace pour traiter nombre de maladies, comme la fièvre charbonneuse dans un troupeau de bovins. Le recours aux antibiotiques apparaît donc comme la solution nécessaire dans un laps de temps bien défini lorsqu’aucune autre solution n’existe et que les traitements individuels se révèlent impossibles. Une telle stratégie a prouvé son efficacité contre la résistance aux antimicrobiens. Cette solution thérapeutique est bien décrite pour la gestion des troubles respiratoires en élevage, entre autres.

 

Si le concept de métaphylaxie n’est pas répandu en médecine humaine, cette approche est tout de même appliquée dans plusieurs situations spécifiques, telles qu’une exposition à un cas de méningite à méningocoques ou de tuberculose. La rage est un exemple encore plus parlant, et qui s’inscrit dans le cadre d’une stratégie “Une seule santé : la vaccination préventive de toutes les personnes mordues par l’animal enragé ou en contact avec ce dernier est ainsi préconisée dans ce contexte.

 

La métaphylaxie, qui repose sur le triptyque diagnostic-vaccination-antibiotiques, a permis de diminuer globalement le recours aux antibiotiques en santé animale de 34 % entre 2011 et 2018 en Europe. Rappelons que les agents pathogènes zoonotiques sont responsables de 70 % des maladies humaines. En outre, si la France s’est dotée de deux plans EcoAntibio ces dernières années pour lutter contre l’antibiorésistance, l’Union européenne a également mis en place le règlement 2019/6 relatif aux médicaments en médecine vétérinaire, établi sur des bases scientifiques et prenant en compte l’approche “One Health” et qui autorise la métaphylaxie dans des conditions encadrées.

 

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